BCE: «Un ménage sait que le taux de son crédit est faible et le restera»

INTERVIEW L'économiste Christophe Blot analyse la nouvelle politique de rachat de dettes souveraines des pays de la zone euro...

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Portrait de Christophe Blot, analyste à l'OFCE.
Portrait de Christophe Blot, analyste à l'OFCE. — OFCE

La Banque centrale européenne (BCE) a lancé son programme «historique» de rachats «géants» de dette pour créer un «choc de confiance». Quels objectifs se cachent derrière ce nom barbare «d’assouplissement quantitatif»? Christophe Blot, analyste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), décrypte cette politique qui devrait relancer croissance et consommation.

Comment fonctionne ce système «d’assouplissement quantitatif»?

A partir d’aujourd’hui, la BCE rachète des titres de la dette publique des pays de la zone euro pour 60 milliards d’euros par mois. En clair, la BCE soulage les banques et les encourage à prêter aux ménages comme aux entreprises. Un plan qui durera jusqu’à septembre 2016. Mais pourrait se poursuivre si elle considère que les objectifs ne sont pas atteints.

Quels sont ces objectifs?

Relancer la croissance et l'inflation. Avec une croissance faible et un chômage élevé, il existe une pression à la baisse sur les salaires et les prix. Quand vous avez 20% de chômage en Espagne, les salariés ont peu de marge de manœuvre pour négocier leur revenu. En encourageant le crédit aux entreprises, on espère qu’elles vont investir. Et pour les ménages, on souhaite relancer la consommation. En clair, un ménage sait que le taux de son crédit est faible et le restera.

A quels pays le système va-t-il en bénéficier?

Aujourd’hui, les taux d’intérêt du crédit sont déjà faibles en France et en Allemagne. En revanche, pour l’Espagne, l’Italie et le Portugal, le coût de l’emprunt devrait baisser. C’est d’ailleurs déjà le cas, ce qui montre que l’effet d’annonce de la BCE a fonctionné: il y a un an, les ménages espagnols empruntaient à 3,4% alors qu’aujourd’hui le taux d’intérêt tourne autour de 1,3%.

Quels autres impacts sont attendus?

Cette politique de la BCE peut conduire à une baisse de l’euro par rapport au dollar. Il devient moins intéressant d’acheter de la dette souveraine des Etats européens en euro, les banques pourraient donc se tourner vers le rachat des obligations et actions américaines et britanniques. Ce qui fera augmenter le taux du dollar par rapport à l’euro. Et aura un effet positif sur les exportations en euros. D’ailleurs les deux monnaies ont tendance à se rejoindre: en mars 2014, on échangeait 1 euro contre 1,40 dollar, aujourd’hui, c’est 1,10 dollar. Selon nos anticipations, cette baisse de l'écart est durable.

Qu’est ce que ça change pour les entreprises et les consommateurs?

C’est une bonne nouvelle pour les entreprises européennes exportatrices qui vendent moins cher. L'idée à long terme, c’est que les consommateurs se tournent vers des produits européens plutôt que vers des produits importés, plus onéreux. Par exemple, acheter du textile italien plutôt que chinois.

>> Quel impact sur les consommateurs de cette politique de QE?

Quelles sont les conditions sine qua non pour que ce plan relance réellement la croissance?

Le coût du crédit n’est qu’un élément de la décision d’emprunter. Une entreprise pourra investir moins cher, mais si son carnet de commandes est vide, elle n’aura pas envie de s’endetter. Pareil pour un ménage inquiet pour l’avenir. Il faut donc éviter une politique budgétaire très restrictive. Le coup d’accélérateur de cette politique monétaire peut être freiné si le gouvernement augmente les impôts ou baisse les dépenses publiques.

Est-ce que ce coup de pouce pourrait bénéficier à la Grèce?

Le cas de la Grèce est plus complexe. Et reste suspendu à la renégociation du plan d’aide. Pour l’instant la BCE ne peut pas acheter de titres grecs car elle est au maximum de détention de cette dette. Elle doit donc attendre juillet pour racheter d’autres titres.