Cinq questions sur le cas Areva

NUCLEAIRE Le spécialiste du nucléaire a annoncé aujourd'hui une perte record de 4,8 milliards d'euros en 2014...

A.C avec AFP

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Philippe Knoche, directeur général d'Areva, présente les résultats de la compagnie le 4 mars 2015 à La Défense, près de Paris
Philippe Knoche, directeur général d'Areva, présente les résultats de la compagnie le 4 mars 2015 à La Défense, près de Paris — Eric Piermont AFP

Une perte abyssale, de possibles suppressions d'emploi, un rapprochement avec EDF dans l'air... Areva est dans une zone de turbulences. 20 Minutes fait le point sur la situation du groupe.

Comment va Areva ? 

Le géant du nucléaire est dans la tourmente. Mercredi, Areva a dévoilé une perte record de 4,8 milliards d'euros pour 2014 et un chiffre d’affaires en recul de 8%. Pour endiguer cette perte d'activité, le groupe, détenu à plus de 87% par des capitaux publics, prévoit une thérapie choc, avec d'importantes cessions et un recentrage de ses activités sur son cœur de métier.

Comment Areva en est arrivé là ?

La morosité du marché du nucléaire et des erreurs stratégiques expliquent la crise que traverse Areva : accumulation de difficultés autour des projets d'EPR en Finlande et à Flamanville, en France, fiasco financier de l'acquisition d'Uramin, en 2007... Dans Le Figaro, Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, estime que ces pertes sont le résultat «des prévisions trop optimistes qui avaient pu être faites, du constat de survaleurs ou encore de projets incertains dans un contexte d'un marché fortement affecté par l'accident de Fukushima.» Selon lui, le géant du nucléaire «paie aussi le prix d'années de manque de transparence et de mauvaises relations avec EDF.» 

Quelle est la stratégie d'Areva pour se remettre à flot?

Areva a affirmé sa volonté de faire d'importantes économies, de recentrer son activité sur «le cœur des procédés du nucléaire», et de renforcer sa présence en Chine. Dans le détail, le groupe prévoit un milliard d'économies d'ici 2017 grâce à «de nouveaux leviers d'achat», «une forte amélioration de la productivité» et «en allégeant les structures et en optimisant les implantations géographiques.» Areva table aussi sur une nette réduction de ses investissements et un programme de cessions d'actifs, ansi que la «levée de financements bancaires.» Une recapitalisation publique n'est en revanche pas envisagée pour le moment. 

Des suppressions d'emplois sont-elles inévitables?

«Nous ferons tout pour que, s'il doit y avoir des départs, ils se fassent sur la base du volontariat», a voulu rassurer Philippe Knoche, le directeur général d'Areva. Le gouvernement français est particulièrement vigilant sur ce point. Il est nécessaire de « tout mettre en oeuvre pour éviter les licenciements», a déclaré Manuel Valls ce mercredi devant l'Asssemblée nationale. Les syndicats, eux, ne cachent pas leur inquiétude : «Ce n'est pas aux salariés de payer les pots cassés, les erreurs stratégiques des anciennes gouvernances, le défaut de surveillance de l'État qui n'a pas joué son rôle», a affirmé Cyrille Vincent, coordinateur CFE-CGC. Une action est envisagée fin mars.

En quoi consisterait le rapprochement entre EDF et Areva?

Un rapprochement capitalistique avec EDF, qui pourrait prendre une participation dans le groupe, n'est pas exclu. «Notre volonté, c’est très clairement qu’il y ait une réorganisation profonde, une refonte, du partenariat historique de ces deux groupes, au bénéfice de chacun d’eux», a souligné Emmanuel Macron, dans Le Figaro, dénonçant un «manque de cohérence» dans la stratégie des deux groupes par le passé. Le gouvernement français souhaite à terme la création d'une véritable filière française du nucléaire autour d'Areva, d'EDF et du CEA (Commissariat à l'énergie atomique).