Inscriptions à Pôle emploi: «En janvier, il n’y a pas de lien entre augmentation des radiations et baisse du chômage»

ECONOMIE Mercredi, le gouvernement a annoncé une baisse de 0,5% du nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A…

Propos recueillis par Nolwenn Leboyer

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Le chômage a enregistré en janvier sa première baisse depuis l'été, pour s'établir à 3,48 millions de demandeurs d'emploi
Le chômage a enregistré en janvier sa première baisse depuis l'été, pour s'établir à 3,48 millions de demandeurs d'emploi — Philippe Huguen AFP

En janvier, le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi a reculé de 0,5%, selon les chiffres publiés mercredi par le ministère du Travail. Mais quelle réalité se cache derrière ces données?  Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), livre quelques éléments de réponses.

Le gouvernement a annoncé une baisse de 0,5% du nombre de chômeurs dans la catégorie A (sans aucune activité). Peut-on être optimiste?

C’est une bonne nouvelle mais elle reste fragile. On a vu par exemple, en 2013 et 2014, des baisses sur un mois, entourées de onze mois de hausse. 

Les chiffres concernant les catégories B et C (chômeurs avec une activité réduite) sont en hausse. Que faut-il en conclure?

Les trois catégories confondues marquent une augmentation. Cela prouve, une nouvelle fois, une forte précarisation sur le marché du travail, dont la tranche des 25-49 ans est la première victime. Mais rien de nouveau finalement. Chaque année, sur les 23 millions de contrats signés, 66% durent moins d’un mois. En 2000, on comptait 45% de ces formes de CDD.

Chez les jeunes, le chômage a diminué. Les emplois aidés sont-ils à l’origine de cette baisse?

En 2013 et 2014, on a constaté des effets positifs via ces emplois. Certains analystes disent que ce sont de faux emplois car ils sont créés par l’Etat dans des secteurs non marchands.

Le ministre du Travail, François Rebsamen, a annoncé des mesures contre le chômage de longue durée, dont l’accès à des formations gratuites pour tous les chômeurs. Est-ce efficace?

Ces formations seront efficaces si elles sont de qualité et adaptées aux profils des chômeurs. Mais il faut reprendre le problème à la racine, et selon moi, se concentrer sur les chômeurs non qualifiés. Lorsque l’on regarde les études du Collège de France, on constate que 80% des jeunes en décrochage scolaire dès le CE1 sortiront à 16 ans du système et viendront grossir les rangs des chômeurs non qualifiés. C’est dans ce domaine qu’il faut investir.

Face à la problématique du chômage, l’opinion publique est-elle trop impatiente?

Quand vous mettez en place des politiques économiques pour lutter contre le chômage notamment, il faut attendre trois trimestres avant d’en tirer les premiers bénéfices. Il faut donc être patient.

Selon certains économistes, si le taux de croissance stagne à 1%, le chômage ne peut pas diminuer. Comment analyser ce lien?

Il faut s’intéresser au lien qui existe avec l’augmentation de la productivité et celle de la population active. Globalement, on crée des emplois quand la croissance dépasse l’augmentation de la productivité.

Par exemple, imaginons une entreprise de 100 salariés qui produit 100 jouets. Grâce aux effets du progrès techniques, l’année suivante, elle sera capable de créer 101 jouets. Vous avez donc produit 1% de plus, sans embaucher. Pour commencer à créer de l’emploi, il faudrait donc que votre carnet de commandes dépasse les 101 jouets, donc les 1% de croissance. Selon les chiffes de l’OFCE, chaque travailleur produit en moyenne 0,9% de travail en plus.

De plus, on dénombre 0,5% d’augmentation de la population active chaque année. Si vous ajoutez les 0,9% de votre productivité au 0,5% de cette population, vous obtenez 1,4%, soit le chiffre de croissance nécessaire pour stabiliser le chômage. Mais, tous les économistes ne sont pas en accord avec ce chiffre de 0,9%.

Le Front National parle de 47.700 radiations administratives. Quel est leur impact sur le chômage?

C’est un faux problème. Il faut s’attarder sur les variations de ces radiations d’un mois sur l’autre. Or en janvier, il n’y a pas de lien entre augmentation des radiations et baisse du chômage.