Déficit: Le nouveau délai accordé par Bruxelles est-il une bonne nouvelle pour la France?

BUDGET  La Commission européenne a donné deux ans de plus au gouvernement pour réduire le déficit public...

Céline Boff

— 

Paris le 28 janvier 2013, la façade du ministère des finances. B
Paris le 28 janvier 2013, la façade du ministère des finances. B — A. GELEBART/20 MINUTES

Et de deux. La France a obtenu mercredi de la Commission européenne un nouveau délai pour ramener son déficit sous la barre des 3%. Elle avait déjà décroché un report de deux ans en 2013 et dispose donc à nouveau de deux années supplémentaires pour rentrer dans les clous. 20 Minutes fait le point.

Ce report est-il une bonne nouvelle pour la France?

Pour la France, oui, «mais pas pour François Hollande», répond Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles du quotidien Libération. Le délai accordé reporte l’objectif à 2017, soit l’année de la présidentielle. Si Paris ne parvient pas à tenir parole, une procédure de sanction pourrait être lancée à son encontre et «elle le serait en janvier 2017. Les partis eurosceptiques en profiteraient pour dénoncer la dictature de Bruxelles», redoute le journaliste. 

Une vision que ne partage pas Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE): «Ce délai est une très bonne nouvelle pour le gouvernement, qui va pouvoir se contenter d’une austérité plus faible», estimait-il ce jeudi matin au micro de France Inter. Pour l’économiste Christian Saint-Etienne, interrogé par 20 Minutes, ce report est même inquiétant «puisqu’il n’incite pas la France à fournir les efforts nécessaires. Pour que notre dette cesse de progresser, le gouvernement devrait ramener le déficit à 2% en 2017».

La Commission européenne est-elle trop gentille avec la France?

En tout cas, elle est loin d’être dure. D’abord parce qu’elle donne un nouveau délai au pays, alors qu’elle aurait très bien pu lancer à son encontre une procédure de sanction, c’est-à-dire une amende, qui s’élèverait au minimum à 4,4 milliards d’euros. Certains réclamaient d’ailleurs cette procédure, comme Valdis Dombrovskis, l'ancien Premier ministre de Lettonie. Il n’est pas le seul à être agacé par la bienveillance de Bruxelles à l’égard de Paris. «Nous sommes vraiment très bien traités comparé aux efforts qui ont été demandés aux Espagnols ou aux Italiens», estime aussi Christian Saint-Etienne.

Sans compter que le nouveau délai correspond pile poil aux prévisions du gouvernement. Le Premier ministre Manuel Valls a d’ailleurs souligné que ce report était «conforme à la trajectoire de finances publiques que nous nous sommes fixée». Reste que si Bruxelles se montre aussi coulante avec Paris, c’est par crainte qu’une rigueur trop forte imposée à la deuxième économie européenne puisse casser la faible reprise de tous les pays de l’UE. Et puis, la Commission européenne assortit tout de même sa clémence de plusieurs conditions.

Qu’attend la Commission européenne de la France?

Deux choses: de nouvelles économies et des réformes de fond. Et Paris doit répondre vite: le gouvernement a jusqu’à avril pour proposer un programme de réformes «ambitieux et détaillé» et jusqu’à juin pour présenter 4 milliards d’économies supplémentaires.

Côté réformes, Bruxelles n’a pas donné à la France «de recommandations précises, mais elle a souligné les problèmes du pays qui sont autant d’invitations à la réforme», précise à 20 Minutes une source européenne. Autrement dit, pour faire plaisir à Bruxelles, Paris devrait trouver les moyens de réduire le coût du travail, de flexibiliser l’emploi ou encore, de rénover son système d’indemnisation chômage.

Côté finances, Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, a assuré jeudi que les économies supplémentaires seraient faites «dans tous les secteurs», hormis la Défense, et qu’elles ne passeraient pas «par des hausses d’impôts». D’après Eric Heyer, les exigences de Bruxelles «sont raisonnables». Il estime que l’objectif est «arrangeant» et qu’il «laisse penser que nous pourrons y arriver sans faire trop d’effort, même si nous en avons fait beaucoup jusque-là».