L'épargne solidaire boostée par les scandales financiers?

FINANCE L'épargne solidaire continue de séduire, même si elle reste marginale et se heurte à certains freins...

Oihana Gabriel

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Façade de la Nef,  coopérative de finances solidaires dont le siège social se trouve à siège social à Vaulx-en Velin.
Façade de la Nef, coopérative de finances solidaires dont le siège social se trouve à siège social à Vaulx-en Velin. — 20 Minutes

Luxleaks, Swissleaks, évasion fiscale des multinationales... La finance solidaire, grande gagnante des scandales financiers à répétition? «Je ne veux pas investir dans des produits d’épargne pourris comme les subprimes pour gagner 15% de plus», explique Catherine, qui a opté pour l’épargne solidaire. Entre 800.000 et un million de Français ont fait le même choix, selon Finansol, association qui délivre un label à tous les produits financiers répondant aux critères de l’épargne solidaire.

Une croissance progressive sans boom

C’est quoi? Mettre son argent au service de projets éthiques (logement social, emploi, environnement...), qui n'ont pas accès aux sources de financement classiques. Sous plusieurs formes: épargne salariale, sociétaire de la Nef, cigaliers, crowdfunding...

Une épargne alternative dont le succès ne se dément pas. Si l’épargne solidaire est née il y a 30 ans, la crise de 2008 a provoqué un pic de croissance: depuis cinq ans, le stock d’argent a été multiplié par quatre, atteignant 6 milliards d’euros aujourd’hui. Entre 2008 et 2011, la Nef a grossi à hauteur de 20% par an, puis la croissance s’est stabilisée à 10%. «L’épargne solidaire a le vent en poupe. Les scandales financiers alimentent un flux continu mais sans pic», nuance Jean-Marc De Boni, président de cette société coopérative de finances solidaires.

Une épargne marginale

Mais ces chiffres sont à mettre en regard de l’épargne globale des Français. «Certes, les taux de croissance sont impressionnants, pour autant ça ne représente que 0,15% du patrimoine financier des Français, nuance Sophie des Mazery, directrice de Finansol. Mais si l’épargne solidaire reste marginale, il y a une corrélation entre dérives financières, scandales et progression de l’épargne solidaire.»

Une croissance progressive que Jean-Marc De Boni explique par l’attachement à un taux d’intérêt important, mais aussi un manque d’information. «Aujourd’hui, personne ne sait comment les banques peuvent offrir 1 ou 2% de taux d’intérêt, quels risques y sont associés, où est placé l’argent. Et si certains savaient qu’ils obtiennent de bons taux avec des placements qui participent à la délocalisation de leur emploi, ils réfléchiraient à deux fois...»

Les freins multiples au développement de cette épargne solidaire

Mais l’épargne solidaire reste aussi victime de clichés, selon ses défenseurs. «Première fausse idée reçue: c’est un don, souligne Sophie des Mazery, directrice de Finansol. La seconde, ça ne gérerait aucune performance. Aujourd’hui, 133 produits financiers sont labélisés Finansol, de la Nef à la BNP Paribas. Tous proposent une rentabilité proche de celle d’un livret A.». Investir dans un projet solidaire serait aussi plus risqué. Faux, répond Jean-Yves Angst, co-président des Cigales, des clubs qui regroupent 3.000 Français co-actionnaires de petits projets solidaires: «70% de nos projets existent cinq ans après leur lancement alors qu’une entreprise sur deux disparaît au bout de trois ans en France», argumente-t-il.

Comment populariser l’épargne solidaire?

Pour Serge Maître, directeur de l‘Association française des usagers des banques (AFUB), l’épargne solidaire souffre d’un manque de clarté: «Elle ressemble à une auberge espagnole.» Mais le développement de la finance participative révolutionne l’épargne solidaire. «Le boom de la finance solidaire passera par ces prêts participatifs, car ils sont ancrés sur un territoire. L’initiative directe, c’est ce que cherchent les citoyens», assure Serge Maître. Et il voit une évolution dans le profil de ces épargnants solidaires. «Il y a 5 ans, c’était plus dans un souci écolo. Aujourd’hui, ils sont attirés par le fait d’agir sur l’économie réelle, de préserver les emplois dans leur région.». Avec un exemple symbolique: le sauvetage de la biscuiterie Jeanette de Caen, liquidée, dont la production va reprendre grâce au succès d’une opération de financement participatif.

L’objectif des acteurs de la finance solidaire: atteindre 1% de l’épargne des Français. «Pour populariser l’épargne solidaire, il faudrait un produit d’épargne solidaire dans toutes les banques facilement compréhensible et populaire, souligne Sophie des Mazery. Finansol espère la création d’une assurance vie solidaire.» Rappelant que l'assurance-vie représente 40% de l’épargne financière des Français.