Baisse des prix: «Nous ne sommes pas dans une situation de déflation»

INTERVIEW L'économiste Hervé Péléraux revient sur l'inflation négative...

Propos recueillis par Céline Boff

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Illustration sur la consommation des ménages
Illustration sur la consommation des ménages — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Et voilà: les prix à la consommation ont baissé en janvier. De -0,4% par rapport à janvier 2014 et de -1% par rapport à décembre, selon les chiffres de l’Insee. Autrement dit, la France est désormais en «inflation négative» pour la première fois depuis 2009. Faut-il s’en inquiéter ou au contraire, s’en réjouir? 20 Minutes a posé la question à Hervé Péléraux, économiste spécialiste des prix à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Comment s’explique cette baisse des prix?

Elle est principalement liée au recul des prix de l’énergie (-7,1% sur un an), lui-même dû à la chute des prix des produits pétroliers (-15,9% sur un an). Il est important de noter qu’au-delà de l’indice des prix à la consommation, l’Insee calcule également «l’inflation sous-jacente», c’est-à-dire l’inflation hors produits volatiles (énergie et produits alimentaires) et produits administrés (les articles dont les prix sont fixés par l’Etat). Or, cette inflation sous-jacente, qui mesure réellement la confrontation entre l’offre et la demande, progresse très faiblement.

C’est donc un signe positif?

Tout à fait, parce que cette inflation sous-jacente qui progresse prouve que nous ne sommes pas dans une situation de déflation. Toutefois, sa hausse est vraiment très faible, de l’ordre de +0,2% sur un an.

Justement, quelle est la différence entre une inflation négative et une déflation?

L’inflation négative, c’est lorsque l’indice des prix à la consommation baisse, comme c’est le cas aujourd’hui en France et dans la zone euro. La déflation, ce n’est pas l’enchaînement de plusieurs mois d’inflation négative, mais l’enclenchement d’un vaste processus. Concrètement, nous entrons en déflation quand les ménages et les entreprises repoussent leurs achats dans l’attente de prix encore plus bas. La consommation se réduit et les entreprises ne parviennent plus à rentabiliser leurs investissements. Les taux d’intérêts sont réévalués et les dettes, celle de l’Etat mais aussi celles des entreprises et des ménages, se renchérissent.

Pour l’instant, les prix baissent, les consommateurs ont donc davantage de pouvoir d’achat. N’est-ce pas positif?

Pour l’instant, oui, puisque les économies que les ménages et les entreprises font sur l’énergie leur permettent de reporter leurs dépenses sur d’autres postes. Ce qu’il faut surveiller, c’est l’inflation sous-jacente. Si celle-ci devient elle aussi négative, le risque de déflation s’accroît.

Pensez-vous que la France va bientôt entrer en déflation?

A priori, non. Tout a été mis en place pour éviter l’enclenchement d’un tel processus. La Banque centrale européenne a lancé un vaste programme de «quantitative easing», qui devrait permettre aux banques de prêter davantage aux ménages et aux entreprises, donc d’alimenter l’économie réelle. Par ailleurs, la valeur de l’euro baisse par rapport à celle du dollar, ce qui renchérit le coût des importations. Cela a un effet inflationniste sur notre économie. Mais il reste de nombreuses incertitudes: les banques vont-elles vraiment prêter aux entreprises? Les entreprises vont-elles demander ces prêts pour recommencer à investir? Je ne crois pas à une entrée en déflation, mais je n’en suis pas sûr pour autant.

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