Loi Macron: «Ce texte va dans le bon sens, je me moque de savoir s'il est de gauche ou de droite»

INTERVIEW Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, défend la série de mesures que les députés vont voter ce mardi...

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Portrait de Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne
Portrait de Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne — Insitut Montaigne

Décriée, louée, contestée, amendée... 20 Minutes propose un double regard sur la loi Macron, objet de bien des polémiques. Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, défend la loi Macron.

>> Retrouvez l'interview de Benjamin Coriat contre la loi Macron par ici

Est-ce que cette loi peut relancer la croissance?

On n’attend pas de la loi qu’elle relance la croissance seule et immédiatement. Ce qui peut relancer la croissance à court terme, c’est la baisse du cours de l’euro, ainsi que le coût des matières premières. Deux données qui soulagent les entreprises françaises. Dans ce contexte apparu ces derniers mois, une loi qui essaie de déverrouiller, de fluidifier le marché du travail ou le commerce va dans le bon sens.

Et peut-elle créer des emplois?

Là aussi, il faut rester prudent. D’ailleurs, Emmanuel Macron est lui-même humble à ce sujet, ce qui est assez rare dans le milieu politique pour être souligné. Sur le transport en autocar, sur l’ouverture des magasins le dimanche, les mesures adoptées peuvent générer des milliers d’emplois. Combien exactement, c’est impossible à dire aujourd’hui. Entre 20.000 et 50.000, cela dépendra de la conjoncture. Ils sont dans tous les cas bienvenus.

Certains des amendements ajoutés ont-ils amélioré la loi?

Oui. Sur le permis de conduire par exemple, le Parlement est allé plus loin que ce qui était initialement prévu. On attendait de voir ce monopole et donc cette rente disparaître. Comme beaucoup, j’aurais aimé que la loi et le débat parlementaire soient plus ambitieux au sujet du marché du travail. Mais c’est malgré tout une loi de fluidification. Il sera en effet plus simple d’ouvrir des lignes de car, de s’installer dans un métier réglementé, de travailler le dimanche, etc. Cette loi ne doit pas être un aboutissement, mais le commencement d’un mouvement continu de réformes qui permettront de simplifier la vie économique. Il faut être exigeant pour la deuxième partie du quinquennat.

Quelle est pour vous la réforme la plus importante?

Symboliquement, c’est le travail dominical. Ce sujet a crispé beaucoup de politiques et de syndicalistes. Cette liberté de travailler est pourtant accompagnée de contreparties solides. Selon les sondages, 70% des Français y sont favorables. On comprend donc assez mal ce combat politicien. Le projet de loi a été injustement caricaturé, au motif qu’il s’attaquait à trop de cibles. Mais il réussit dans un même texte à simplifier l’épargne salariale, à traiter la question des licenciements collectifs, des auto-écoles, des autocars… autant de mesures de simplification économique.

«C’est sans doute la loi la plus à gauche du quinquennat», assurait Richard Ferrand, député socialiste et rapporteur de la loi...

La gestion de l’économie n’est pas de gauche ou de droite, elle est bonne ou mauvaise. On est le seul pays à se préoccuper de cette question. C’est une loi qui va dans le bon sens. Je me moque de savoir si elle est de gauche ou de droite.

Quelle autre piste cette loi aurait-elle dû aborder «pour la croissance et l'activité»?

Il faut être plus ambitieux pour la réforme essentielle du marché du travail. Un texte doit être porté au Parlement par le ministre François Rebsamen. Il faut également réformer le dialogue social, notamment la question des seuils de représentation des salariés. Parallèlement, Il faut que le gouvernement ouvre à nouveau le dossier de l’Unédic. Aujourd’hui, l’assurance-chômage n’incite pas suffisamment à reprendre une activité. La loi Macron, si elle est adoptée demain, est une première étape, qui montrera qu’il y a aujourd’hui en France une majorité favorable à la réforme.

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