Billets d'avion: Comment les sites de voyage vous trompent

CONSOMMATION Selon une enquête de la DGCCRF présentée ce mercredi, un grand nombre de plateformes affichent des prix plus alléchants que ceux fixés au moment du paiement...

Jérémie Pham-Lê

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Les sites de voyage, agences et comparateurs, sont dans le collimateur de Bercy.
Les sites de voyage, agences et comparateurs, sont dans le collimateur de Bercy. — SIPANY/SIPA

«Nous n'avions jamais remarqué un tel manquement à la sincérité des prix». En conférence de presse ce mercredi, la secrétaire d'Etat à la Consommation Carole Delga a dénoncé les pratiques commerciales trompeuses des plateformes de voyage en ligne. Un grand nombre d'entre elles affiche des prix de billets nettement inférieurs à ceux acquittés réellement par le consommateur, selon une enquête menée par la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Comment fonctionne la tromperie?

Les sites incriminés sont accusés d'omettre délibérément un certain nombre de frais dans les prix affichés pour attirer et tromper le consommateur: frais de dossier, frais d'assurance, frais liés au mode de paiement, suppléments bagage... Des taxes qui peuvent faire passer le prix du vol «presque du simple au double» au moment du paiement.

L'étude menée par la DGCCRF est née «d'un certain nombre de plaintes» déposées par des consommateurs lésés, précise son directeur du service national d'enquêtes, Didier Gautier.

Quels sites sont concernés?

Au total, 20 sites ont été étudiés: 16 agences de voyage et 4 comparateurs de prix purs. Les premiers vendent réellement les billets tandis que les seconds ne font que de l'information. «Il est assez rare de voir que sur un secteur, il y a une quasi-généralisation [de la pratique]», a souligné la secrétaire d'Etat, Carole Delga.

Bercy n'a pas souhaité dévoiler leur nom mais Europe 1 indique que parmi eux, figurent Opodo, Go Voyages, eDreams.fr et Easyvoyage. Président du dernier site cité,  Jean-Pierre Nadir regrette «l'amalgame» entre agences et comparateurs. «C'est délirant de mettre dans le même sac les marchands et ceux qui simulent les requêtes sur les sites marchands. Nous les comparateurs ne sommes pas rémunérés sur les billets mais sur l'audience. Il faut qu'on soit fiables sinon les gens vont ailleurs.» Il raconte avoir simplement été rappelé à l'ordre pour son slogan «Tous les prix en un clic», qui ne correspondait pas à la réalité car il sous-entendait une exhaustivité.

De son côté, le groupe qui regroupe les agences Opodo, Go Voyages et eDreams.fr tient à rappeler dans un communiqué qu'il s'agit «d'une procédure ancienne» et qu'il a depuis coopéré avec les autorités.

A quelles sanctions s'exposent ces sites?

Parmi ces 20 plateformes, neuf ont déjà fait l'objet de procès-verbaux. Parmi elles, figurait un seul comparateur de prix, épinglé pour des «négligences», précise la DGCCRF. Cinq ont déjà été condamnées pour «tromperies commerciales» et ont dû s'acquitter d'amendes d'un montant entre 100 et 150.000 euros. Le montant maximal de l'amende est de 300.000 euros.

Le reste des sites s'en sont tirés avec une simple injonction à changer leur affichage. Selon le directeur d'enquête de la DGCCRF, la quasi-totalité des plateformes étudiées se sont mises en conformité depuis. Carole Delga a précisé de son côté que des contrôles seront effectués dans les prochains mois. Quelques plateformes ont fait l'objet de simples mesures d'exécution car ne sont pas basées en France et ne sont donc pas soumises au droit français.