SwissLeaks: «En terme d'image, c'est désastreux pour HSBC»

INTERVIEW Pour Eric Vernier, spécialiste des questions de fraude fiscale, les révélations du «SwissLeaks» vont dégrader l'image de la banque britannique auprès de ses clients...

Propos recueillis par Jérémie Pham-Lê

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La filiale suisse de HSBC est soupçonnée d'avoir autorisé et encouragé des centaines de milliers de clients à pratiquer l'évasion fiscale.
La filiale suisse de HSBC est soupçonnée d'avoir autorisé et encouragé des centaines de milliers de clients à pratiquer l'évasion fiscale. — Laurent Fievet AFP

HSBC a beau prétendre avoir «changé», la banque va devoir répondre de ses erreurs du passé. Une enquête menée par Le Monde et plusieurs médias internationaux et publiée dimanche lève le voile sur l’ampleur du système d’évasion fiscale qu’elle a mis en place ces dernières années: 180,6 milliards d’euros auraient transité sur des comptes cachés entre 2005 et 2007 via sa filiale à Genève.

Eric Vernier est directeur de l'Institut de la responsabilité sociétale par l'innovation et chercheur sur les questions liées à l’évasion fiscale et au blanchiment d’argent. Auteur de «Fraude fiscale et paradis fiscaux: décrypter les pratiques pour mieux les combattre» (2014, éditions Dunod), il analyse pour 20 Minutes les conséquences des révélations de «SwissLeaks».

Quels impacts vont avoir les révélations du «SwissLeaks» sur HSBC?

Au niveau judiciaire, pas grand chose. Le comportement de la banque et ses pratiques étaient déjà connus des juges français depuis un certain temps [la banque a été mise en examen en novembre 2014]. Ce qu'on apprend surtout avec les enquêtes, ce sont les noms des clients et l'ampleur du système.

En revanche, en terme d'image, c'est désastreux pour HSBC. Il y a un effet médiatique extrême. Les clients qui auront envie d'une banque propre s'en détourneront et pas seulement ceux vivant en Suisse. Si des Français n'aiment pas ses pratiques, ils iront ailleurs. N'oublions pas que le métier de banquier est basé sur la confiance et que c'est un secteur très compétitif. Ce sont les autres banques qui en profiteront.

Le Monde affirme que la banque s'est déjà dite prête à négocier avec les justices européennes pour payer une amende record et éviter un procès. Quel est l'intérêt de la manoeuvre?

Ce n'est pas étonnant, elle l'a déjà fait aux Etats-Unis. L'intérêt, c'est d'éviter une condamnation et un procès long et couteux qui lui sera beaucoup plus préjudiciable en terme de publicité et peut-être aussi de prix. Il vaut mieux payer 10 milliards d'euros discrètement que de finir devant un tribunal médiatisé.

Les pays victimes de la fraude aussi n'ont pas intérêt que tout ceci finisse en procès. Mettre à genoux une banque, c'est prendre le risque de perdre des milliers d'emplois mais aussi de perdre des financements. Une banque prête huit fois plus qu'elle ne possède et pèse sur le financement de l'économie mondiale.

Et pour les présumés fraudeurs cités dans les enquêtes? Quelles vont être les suites?

Pour ceux qui n'ont pas encore régularisé leur situation, c'est pareil: il va y avoir des arrangements avec l'administration fiscale pour payer des amendes et éviter le procès.  Bercy veut avant tout être payé et non envoyer quelqu'un en prison.

Pour ceux qui ne le font pas, il peut y avoir des procédures judiciaires [Manuel Valls a annoncé ce lundi qu'une soixantaine sont en cours]. Les personnes risquent entre un et cinq ans d'emprisonnement pour fraude fiscale et jusqu'à 10 ans pour blanchiment de fraude fiscale plus les amendes.

Ces révélations vont-elles aussi inciter les banques suisses à plus de prudence?

Elles ont peut-être levé le pied ces dernières années mais rappelons qu'il ne s'agit pas de banques suisses mais de banques en Suisse. Quand les méthodes ne marchent plus en Suisse, elles essayent ailleurs. Il faudrait à mon avis jeter un oeil du côté de HSBC Singapour par exemple... La délinquance en col blanc, ça date et ça ne cesse de galoper.