Création d'entreprises: une opération unit la «gnaque» des banlieues et le Medef

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Pierre Gattaz reçoit au siège du Medef des jeunes entrepreneurs des banlieues parisiennes, à Paris le 23 janvier 2015
Pierre Gattaz reçoit au siège du Medef des jeunes entrepreneurs des banlieues parisiennes, à Paris le 23 janvier 2015 — Eric Piermont AFP

Camions de plats halal ou installation de lignes en fibre optique, quinze jeunes issus de la banlieue et de l'immigration exposeront mercredi au Salon des entrepreneurs à Paris leur projet de création d'entreprise, mûri au cours d'une formation au Medef, une première expérience destinée à faire des petits.

Sept jeunes femmes et huit jeunes hommes ont été sélectionnés par une association de Cergy-Pontoise dans le Val-d'Oise, Agir pour réussir (AGPR), dont le fondateur Moussa Camara (28 ans) avait rencontré le président du Medef, Pierre Gattaz, au cours d'une conférence en janvier 2014.

Le 15 décembre dernier, ils ont franchi pour la première fois le seuil du siège de l'organisation patronale, sur la très chic avenue Bosquet dans le 7e arrondissement de Paris pour y passer leurs journées jusqu'à début février. Travail en groupe, entretiens individuels, interventions de professionnels du financement, de l'expertise comptable, de la protection sociale ou de la prise de parole en public: quelque 200 heures en tout.

Vendredi matin, ils étaient tous réunis dans une ambiance détendue pour l'une des dernières séances avec une formatrice de l'organisme Audace. On se présente devant les autres, on peaufine sa «phrase métier», censée résumer en quelques mots la raison d'être de l'entreprise, puis on se conseille les uns les autres sur le plan de financement ou tout autre aspect de la présentation détaillée de chaque projet. Les rires fusent, une grande énergie se dégage du joyeux groupe.

Sarah Merrouche (24 ans) «d'origine algérienne et 100% Cergyssoise» veut créer une chaîne de «food trucks» pour répondre à la demande de plats chauds halal aux abords des établissements d'enseignement et dans les zones d'activité de banlieue.

«Dans les quartiers, diversité culturelle et gnaque»

«Je suis une passionnée de cuisine. J'ai appris dans des livres mais surtout avec mes voisins de toutes origines. C'est la diversité culturelle, c'est génial ! Maintenant je suis capable de faire des plats sénégalais ou maliens comme des plats cambodgiens. Je commence par le mexicain», s'enthousiasme-t-elle.

Titulaire d'un DUT et d'une licence, elle a déjà acheté deux camionnettes d'occasion. «J'ai bossé, bossé pour mettre de l'argent de côté. Je ne suis pas trop pour les crédits». Son but: employer des jeunes de Cergy puis d'autres banlieues. «Ce qui est bien aussi au sein des quartiers c'est qu'il y a la gnaque», affirme-t-elle.

Sa collègue Mounira Abdi (28 ans), ingénieur en biologie industrielle de Cergy, mise aussi sur cette diversité que l'on voit beaucoup moins dans les immeubles parisiens et le centre des villes de France. Son projet est un site de commerce électronique de «vêtements de tendance, et ethniques pour les femmes, en accord avec leurs valeurs religieuses».

«Ma société aura pour but l'installation, la création et l'entretien de lignes, sur le réseau fibre optique qui appartient à Orange, pour le compte des sous-traitants des opérateurs», explique à l'AFP Ahmadou Saitouli, 34 ans, disant vouloir «rétablir l'ordre» dans un secteur où il y a «beaucoup d'injustices» faites aux petites entreprises. «Je suis né à Cergy, je n'ai pas de diplômes, j'ai appris sur le tas. L'entrepreneuriat se définit par un tempérament et l'échec fait partie de la compétence».

Le groupe comprend aussi deux Parisiennes, l'une Gabonaise, l'autre d'origine sénégalaise, qui ont connu AGPR au travers de leur engagement dans l'ONG Give1Project.

Dernière étape pour les entrepreneurs en herbe avant de bénéficier d'un réseau d'accompagnement: une soutenance devant un jury de chefs d'entreprise, les 19 et 20 février.

«L'idée c'est d'en faire beaucoup plus (...), idéalement au niveau national», s'engage M. Gattaz. «Ce n'est pas en distribuant de l'argent public à tout le monde partout qu'on s'en sortira. Non, c'est par l'entreprise», commente-t-il. «On ne voulait pas être dans le misérabilisme où Monsieur vient apporter des aides aux jeunes de ces quartiers mais dans la construction», renchérit Moussa Camara.

Le budget du programme est de près de 100.000 euros, financé par le groupe spécialisé dans la protection sociale Klesia, à hauteur de 80.000 euros, et par le Medef.