Russie: le gouvernement présente son pronostic noir pour l'économie en 2015

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Le président russe Vladimir Poutine à Moscou, le 21 janvier 2015
Le président russe Vladimir Poutine à Moscou, le 21 janvier 2015 — Alexei Druzhinin Ria Novosti

Chute de 3% du PIB, pouvoir d'achat des ménages en berne et nouvelles fuites de capitaux massives: le gouvernement russe a présenté samedi son pronostic noir de ce qui attend la Russie cette année après des mois d'isolation croissante et de dégringolade des cours du pétrole.

Près de onze mois après l'annexion de la Crimée, les grandes entreprises publiques du pays sont coupées des financements sur les marchés internationaux par les sanctions occidentales. La perte spectaculaire de valeur de l'or noir en six mois affecte lourdement le principal secteur d'activité de l'économie mais aussi les revenus budgétaires.

L'effondrement de la monnaie, qui a perdu la moitié de sa valeur face au dollar en un an, a dégénéré en fin d'année en crise monétaire sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine il y a 15 ans, avec une population retirant ses dépôts des banques et une flambée d'inflation.

Mais si l'activité économique avait plutôt résisté l'an dernier, le PIB augmentant de 0,6%, les autorités ont prévenu que les mois à venir s'annonçaient noirs et qu'elles allaient devoir adapter leurs prévisions économiques à l'aggravation de ces dernières semaines.

C'est désormais chose faite.

«Nous avons introduit de nouvelles prévisions pour 2015 qui prévoient un maintien des cours actuels, c'est-à-dire 50 dollars le baril (de pétrole), toute l'année 2015», a expliqué samedi le ministre de l'Economie Alexeï Oulioukaïev, relevant que cette prévision était plutôt plus pessimiste que celle de la moyenne des spécialistes.

«Cela signifie une chute du PIB significative, de l'ordre de 3%», a-t-il poursuivi, alors que le gouvernement prévoyait jusqu'à présent un recul limité à 0,8%.

Le ministre a prévenu que les fuites de capitaux du pays, qui ont atteint l'an dernier un niveau record pour la Russie post-soviétique à 150 milliards de dollars, allaient rester extrêmement soutenues, à 115 milliards de dollars attendus. Les investissements pourraient s'effondrer selon lui de 13% et la production industrielle reculer de 1,6%.

- Mesures sociales -

Surtout, le gouvernement attend un plongeon de 8% des ventes de détail contre un bond de 2,5% l'an dernier, signe que les ménages seront particulièrement touchés par la crise.

L'inflation, dopée par l'effondrement du rouble et l'embargo sur la plupart des produits alimentaires européens et américains décrété en réponse aux sanctions, a déjà dépassé 13% en rythme annuel et un pic est attendu au printemps, selon les experts, entre 15% et 20%.

Si la hausse des prix à la consommation devrait se modérer à 12% en fin d'année, les revenus réels des ménages devrait chuter de plus de 9% cette année, selon le gouvernement.

«La situation économique sera douloureuse dans les mois à venir», commente l'économiste Chris Weafer, du consultant Macro Advisory, jugeant les nouvelles prévisions du gouvernement «raisonnables vu les circonstances et les difficultés auxquelles est confrontée l'économie».

«Mais je pense que le gouvernement va minimiser les répercussions sur les retraités et les fonctionnaires en indexant leurs salaires et les retraites», ajoute-t-il, interrogé par l'AFP.

Le gouvernement vient de présenter un plan de soutien à l'économie, qui prévoit des injections dans le système bancaire, des aides ciblées à certains secteurs comme l'agriculture ou la Défense, mais aussi une indexation des retraites dès ce dimanche au niveau de l'inflation.

Les sévères coupes budgétaires prévues pour s'adapter à la crise (5% par an pendant trois ans) épargnent les hausses des salaires des fonctionnaires et retraites promises par Vladimir Poutine à son retour au Kremlin.

Signe des inquiétudes du pouvoir face à la dégradation de l'activité, la banque centrale a abaissé vendredi à la surprise générale son taux directeur de 17% à 15%, disant vouloir limiter la récession attendue.

S'il était clair pour les milieux économiques que ce taux rendait l'emprunt intenable pour les ménages et entreprises, peu s'attendaient à voir l'institution revenir si vite sur la hausse de taux drastique décrétée en décembre pour enrayer la chute du rouble.

La monnaie est en effet de nouveau fragilisée ces derniers jours par la décision de l'agence Standard & Poor's de classer la dette de la Russie en catégorie «spéculative» ainsi que par le regain de violences en Ukraine, qui fait craindre l'introduction de nouvelles sanctions.