Grèce: le port du Pirée ne sera pas offert à la Chine... qui est déjà là

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Des conteneurs sur un quai du port du Pirée où le Chinois Cosco contrôle deux des trois terminaux de freight, le 20 juin 2014 à Athènes
Des conteneurs sur un quai du port du Pirée où le Chinois Cosco contrôle deux des trois terminaux de freight, le 20 juin 2014 à Athènes — Louisa Gouliamaki AFP

Sur les quais du Pirée, le plus grand port grec, les hautes silhouettes des cargos siglés «Cosco» symbolisent la présence de la Chine à l'une des entrées maritimes de l'Europe, une implantation durable, selon les experts, en dépit de la volonté du gouvernement Tsipras de pas céder cette infrastructure stratégique.

La semaine dernière, c'est le port du Pirée qu'avait choisi le Premier ministre conservateur sortant Antonis Samaras comme point fort de sa campagne. Entouré de personnalités chinoises, le chef de la coalition socialistes-conservateurs avait lancé le chantier d'extension du terminal III, un nouvel investissement à 230 millions d'euros de Cosco.

Depuis 2008, le conglomérat, via sa filiale Piraeus Container Terminal (PCT), gère par concession deux terminaux de marchandises du port.

Cosco était aussi l'un des prétendants au rachat des 67% des parts que l'Etat grec possède dans la société du port du Pirée (OLP), acquisition qui lui aurait donné le contrôle sur tout le port et notamment son activité passagers, ses millions de touristes annuels et ses ferries quotidiens vers les îles.

Cette ambition a vécu : à peine entré en fonction, le gouvernement Tsipras a annoncé, conformément à son programme, que l'Etat resterait propriétaire de l'OLP, «stratégique pour rebâtir l'appareil productif du pays». «Le contrôle public des ports est l'une des conditions de cette reconstruction», avait défendu durant la campagne le député Syriza Theodore Dritsas, devenu lundi vice-ministre de la Marine marchande.

Au point de menacer Cosco sur le terrain déjà conquis ? Le ministre Dritsas est resté évasif, évoquant dans la même journée «une révision des accords avec Cosco» et des «horizons ouverts» de coopération avec Pékin dont l'ambassadeur a été l'un des premiers reçus par le Premier ministre.

La Chine s'est dite «vivement préoccupée» jeudi, et s'est promis «d'exhorter le gouvernement grec à protéger les droits et intérêts légaux des sociétés chinoises en Grèce, dont Cosco».

«Légalement, je n'imagine qu'on puisse revenir sur les contrats passés avec Cosco et ce n'est pas dans l'intérêt du gouvernement, vu le poids de cet investissement, le plus important des dernières années en Grèce», analyse George Xiradakis, consultant dans le secteur maritime.

«Léthargie»

Depuis 2008, rappelle-t-il, l'arrivée de Cosco a sorti le Pirée de sa «léthargie» et l'a «imposé sur la carte maritime de l'Europe comme un passage incontournable entre le Nord et le Sud».

Le gouvernement Samaras portait en étendard la multiplication par huit de l'activité conteneurs depuis 2008. L'ancien Premier ministre avait énormément investi dans sa relation avec Pékin où il s'était rendu en 2013 avant d'accueillir le Premier ministre chinois Li Keqiang au printemps dernier, lui servant de guide au Pirée.

Sur le terminal du conglomérat chinois, de nouvelles grues ont été installées pour accélérer le déchargement des conteneurs. Dans les bureaux de PCT, filiale dirigée par le capitaine Fu Cheng Qiu, des photos mêlant Parthénon et Muraille de Chine, accueillent les visiteurs pour célébrer l'antiquité des deux cultures, qu'Antonis Samaras ne se lassait jamais de comparer.

«Marteler que le Pirée est la porte d'entrée de la Chine vers l'Europe et les Balkans est aussi une invitation lancée aux investisseurs des autres secteurs. C'est eux que l'annonce du gouvernement Tsipras pourrait dissuader», craint M. Xiradakis.

Déjà, des groupes comme Hewlett Packard ou Philip Morris ont ainsi choisi le Pirée comme base en Europe du sud.

«La Chine va rester un partenaire privilégié de la Grèce», prédit un spécialiste du secteur maritime, sous couvert d'anonymat.

Depuis la crise et l'arrivée de Cosco, «l'OLP est beaucoup plus compétitif», assure-t-il, soulignant la difficulté qu'aurait posée, au regard des règles européennes sur la concurrence, un monopole de Cosco sur la propriété et la gestion du port.

«Cela aurait été du jamais vu en Europe», affirme, soulagé, Giorgos Georgakopoulos, président du syndicat des dockers qui dénonce également «des conditions de travail à deux vitesses entre les ouvriers de Cosco et ceux de l'OLP», les premiers soumis selon lui à des horaires extensibles, et à une paye moindre, dans deux terminaux distants seulement «de quelques centaines de mètres».