Pourquoi le crédit à la consommation est au plus bas depuis 25 ans

CONSOMMATION Deux facteurs principaux expliquent ce recul néfaste aux entreprises...

Nicolas Beunaiche

— 

Des voitures Renault sur le parking d'une usine du constructeur automobile, à Douai
Des voitures Renault sur le parking d'une usine du constructeur automobile, à Douai — Philippe Huguen AFP

Les Français ne croient plus au crédit. Selon une étude publiée ce jeudi par la Fédération bancaire française (FBF), la part des ménages détenant un crédit a reculé en 2014 pour la sixième année consécutive, pour s’établir à 46,5%. Soit le taux le plus bas depuis 25 ans.

Au cœur de cette chute historique, le crédit à la consommation souffre particulièrement. Alors qu’ils étaient encore 33,8% en 2008, les ménages en détenant un n’étaient plus que 26,6% en 2013 et 25,6% en 2014. Une baisse continue qui inquiète Michel Mouillart, l’universitaire auteur de l’étude, qui souligne son «impact fort sur les entreprises», coupées d’une partie des consommateurs. Sans parler des conséquences qu’elle pourrait avoir dans le secteur du logement, où les objectifs de la loi de transition énergétique dépendent des investissements des Français pour améliorer leur appartement ou leur maison.

Des taux très dissuasifs

Pour expliquer cette situation, Michel Mouillart avance deux facteurs «de même importance». D’abord, évidemment, l’environnement macroéconomique. La crise, caractérisée par «une forte montée du chômage et une stagnation voire une dégradation du pouvoir d’achat», «invite les ménages à plus de prudence dans la gestion de leurs dépenses», indique en effet l’étude de la FBF. Les achats de voitures, de meubles et d’appareils électroménagers en pâtissent, et plus encore les dépenses de loisirs et de consommation courante, de même que le financement de placements financiers et le paiement des impôts.

«Nous le constatons aussi dans nos études, confirme Philippe Moati, professeur d’économie et coprésident de l’Observatoire société et consommation (Obsoco). Quand on demande aux ménages ce qu’ils feraient si leurs revenus augmentaient, ils répondent qu’ils épargneraient et rembourseraient leurs dettes. Ils ont l’impression que l’avenir est bouché.» Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, complète: «La France n’a jamais été un grand pays de crédit à la consommation car les taux y sont historiquement dissuasifs. Dans une période où les salaires augmentent peu et où il n’y a pas d’inflation, ils le sont encore plus.»

Le mauvais timing des réformes

Toutefois, l’analyse ne saurait se limiter à la seule crise. Selon l’étude publiée par la FBF, «la mise en place puis le renforcement de dispositions législatives successives» ont également freiné le crédit à la consommation. Michel Mouillart vise surtout les lois Lagarde et Hamon, qui ont complexifié les procédures et cadré certaines pratiques comme le revolving. «Les intentions du législateur n’étaient pas mauvaises mais il n’avait pas anticipé certaines conséquences de ces réformes et l’arrivée de la crise», estime-t-il.

Le crédit à la consommation peut-il encore toutefois repartir à la hausse? Tout dépendra de l’évolution de la confiance des ménages, tranche Michel Mouillart. Selon son étude, seuls 3,6% d’entre eux envisagent pour le moment de souscrire un crédit ces six prochains mois, alors qu’ils étaient 3,9% l’an dernier. Mais l’universitaire se veut tout de même rassurant. «Depuis l’été/automne dernier, on a l’impression que le mouvement de chute s’est interrompu», se réjouit-il.

Mercredi, l’Insee a d’ailleurs redonné un peu de baume au cœur aux organismes de crédit en indiquant que le nombre de ménages considérant la période comme opportune pour faire des achats importants était en hausse (+4 points). «Si cela continue comme ça, on pourra espérer que 2015 soit une meilleure année», veut croire Michel Mouillart.