Détecteur de fumée: Que risque-t-on à ne pas s'équiper?

SECURITE Le gouvernement lance ce mercredi une campagne nationale de prévention contre les incendies domestiques...

Céline Boff

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Photo d'illustration d'un homme installant un détecteur de fumée
Photo d'illustration d'un homme installant un détecteur de fumée — Alan Spearman/NBC/AP/SIPA

Le compte à rebours est lancé. Le 8 mars prochain, votre logement devra obligatoirement être équipé d’au moins un détecteur avertisseur autonome de fumée (DAAF). C’est ce qu’exige la loi Morange, promulguée il y a cinq ans maintenant. Et ce mercredi, le gouvernement lance une campagne nationale de prévention contre les incendies domestiques, avec le slogan «Bien équipé, bien préparé, je suis en sécurité».  

Mais que risquez-vous si, passé le 8 mars, vous n’avez toujours pas installé de DAAF chez vous? Juridiquement, pas grand-chose. La loi ne prévoit ni amende, ni autre type de sanction en cas de manquement. De toute façon, l’administration n’a pas l’intention (ni les moyens) d’effectuer des contrôles chez l’habitant.

De même, en cas d’incendie, votre assureur devra prendre en compte votre sinistre, que votre habitation soit ou non équipée d’un détecteur de fumée. «Il ne peut en aucun cas invoquer l’absence d’un tel appareil pour vous rembourser moins que ce qu’il vous doit ou pas du tout», assure Elisabeth Chesnais, journaliste à Que Choisir, le mensuel de l’association UFC-Que Choisir.

Propriétaires, soyez vigilants

Par ailleurs, «un assureur n’a pas le droit de changer les conditions de votre assurance habitation, sauf au moment du renouvellement annuel», affirme Jérôme Chasques, directeur général d’HyperAssur, un site comparateur d’assurances. Autrement dit, «il ne peut pas augmenter la prime d’assurance que vous réglez parce que votre logement ne comporte pas de détecteur ou, au contraire, alléger cette prime parce qu’il en est équipé».

En revanche, ceci est possible au moment où la police d’assurance arrive à échéance. Surtout, si la loi ne prévoit pas de sanction, la situation pourrait évoluer rapidement, puisque ce n’est pas à l’occupant du logement, mais à son propriétaire, de financer le détecteur de fumée, dont le coût moyen est de 10 à 20 euros.

«Si un feu se déclare chez un locataire et produit des dégâts, son assureur se retournera sans doute contre l’assureur du propriétaire», estime Jérôme Chasques. Et si le locataire est blessé ou, pire, s’il meurt dans l’incendie, «la responsabilité civile voire même pénale du propriétaire pourrait être engagée», poursuit Jérôme Chasques.

Dans tous les cas, ce que vous risquez le plus en n’installant pas de DAAF chez vous est de perdre certaines affaires, votre logement… Voire votre vie. C’est loin d’être rare: chaque année, environ 800 personnes décèdent dans un incendie domestique.

Un incendie domestique toutes les deux minutes...

«Nombre de particuliers pensent qu’ils ne sont pas concernés parce qu’ils ne fument pas, qu’ils n’ont pas de cheminée et que leur logement n’est pas insalubre, mais personne n’est à l’abri d’un court-circuit», martèle Elisabeth Chesnais. Un chiffre permet de s’en convaincre: en France, un incendie domestique se déclare toutes les deux minutes…

Pourtant, seuls 35% à 40% des foyers français devraient être équipés d’un DAAF après le 8 mars, d’après une projection de la Fédération française des métiers de l’incendie. Alors que 80% des logements au Royaume-Uni, 95% en Norvège et même 98% aux Etats-Unis le sont déjà. Et dans ces pays, le nombre de décès liés aux incendies domestiques a été divisé par deux.

«La culture de l’incendie commence seulement à arriver en France. Ailleurs, les enfants apprennent comment ils doivent réagir si un feu se déclare chez eux… Je ne suis pas sûre que les enfants français, ni même leurs parents, ne connaissent les bons gestes», souffle Elisabeth Chesnais.