Dette: Combien la Grèce peut-elle coûter aux Français?

FINANCE La gauche radicale Syriza est arrivée en tête des législatives avec le dessein de renégocier la dette publique faramineuse du pays...

Céline Boff

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Une pièce de 1 euro fabriquée en Grèce.
Une pièce de 1 euro fabriquée en Grèce. — Philippe Huguen AFP

Au lendemain de la victoire de Syriza aux législatives grecques, le leader du parti, Alexis Tsipras, a déjà réaffirmé sa volonté de renégocier la dette publique de son pays. Quelles peuvent être les conséquences de ce choix pour la France et, par conséquent, pour les contribuables français? 20 Minutes fait le tour de la question.

A combien s’élève la dette de la Grèce?

A 320 milliards d’euros, quand celle de la France dépasse les 2.031 milliards d’euros. Mais ce chiffre doit être rapporté à la richesse du pays. La dette grecque représente ainsi 175% du PIB du pays tandis que la seconde n'équivaut «qu'à» 95,2% du PIB de la France. Selon les critères de Maastricht, une dette publique ne devrait pas excéder 60% du PIB de son pays.

A qui appartient la dette grecque?

Un peu à des investisseurs privés (banques, fonds de pension, etc.), mais aussi au Fonds monétaire international (FMI, 10%), à la Banque centrale européenne (BCE) et, surtout, aux Etats membres de la zone euro (61%). L’Etat français détient à lui seul 40 à 50 milliards d’euros de dette grecque.

A quel taux emprunte la Grèce?

La référence, c’est le taux d’emprunt à 10 ans. Pour la Grèce, il tourne autour des 9%, alors qu’il se situe à 0,63% pour la France… Dans les faits toutefois, la Grèce n’emprunte quasiment jamais à 9%. Quand elle se finance auprès des marchés financiers, elle n’émet que des emprunts à trois mois, concédés à des taux moindres.

Et elle vit surtout grâce aux prêts accordés par la puissance publique. Ainsi, «le Fonds européen de stabilité financière (FESF) lui prête à un taux de 3,5%», avance Christopher Dembik, économiste chez Saxo banque. «Et les Etats, à des taux inférieurs à 0,6%», complète Céline Antonin, économiste à l’OFCE.

Combienla Grèce rapporte-t-elle à la France?

La Grèce n’ayant pas fait défaut et la France lui prêtant de l’argent avec intérêts, pour l’instant, la première est censée rapporter de l’argent à la seconde. Ce qui est le cas à travers les bons du Trésor grecs achetés par la BCE. D’après Libération, ils rapporteraient environ 80 millions d'euros par an à la France.

Et l’Etat français devrait bientôt toucher davantage d’argent: «En raison d’un moratoire, la Grèce n’a pas encore commencé à rembourser les prêts, ni à payer les intérêts aux Etats, mais ce devrait être le cas à partir de 2019», explique Céline Antonin.

Combien coûterait un rééchelonnement?

Etaler le remboursement de la dette grecque dans le temps est pour l’heure la solution la plus envisagée. Une mesure qui ne ferait pas perdre d’argent à la France, puisque le pays serait in fine remboursé, mais dans un temps plus long. «Cette solution donnerait une bouffée d’air à la Grèce, mais au vu de la faible inflation, le fardeau resterait très lourd pour le pays», estime Christopher Dembik.

Combien coûterait un effacement de la dette?

«Le FMI et la BCE devant à tout prix être remboursés, un effacement de la dette pèserait forcément sur les prêts des Etats», explique Céline Antonin. Si la France renonçait à la totalité de ses prêts, cela coûterait de 600 à 700 euros à chaque citoyen français. «Mais un effacement total est inimaginable», affirme Christopher Dembik, qui table plutôt sur un abandon partiel, au maximum des deux tiers.

Et d’ajouter: «Ce n’est pas facile de faire admettre aux Etats membres, donc aux contribuables européens, qu’ils vont enregistrer des pertes, mais c’est un coût nécessaire pour assurer la viabilité de la Grèce et l’unité de la zone euro». Jusqu’à présent, la plus grosse dette effacée par la France est celle de la Côte d’Ivoire. En 2012, le gouvernement s’était assis sur 3,76 milliards d’euros.