Grèce: «Alexis Tsipras a déjà mis de l'eau dans son vin»

INTERVIEW L’économiste Jean-Marc Daniel analyse les scénarios économiques en cas d'une victoire de Syriza, à la veille des élections législatives grecques...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Alexis Tsipras, leader du parti Syriza, lors d'une conférence à Athènes en décembre 2014.
Alexis Tsipras, leader du parti Syriza, lors d'une conférence à Athènes en décembre 2014. — Petros Giannakouris/AP/SIPA

Syriza, le parti de la gauche radicale grecque, est aux portes du pouvoir. En tête des sondages, il est crédité d’environ 32% des intentions de vote aux élections législatives anticipées qui se tiennent ce dimanche.

Porté par son charismatique leader Alexis Tsipras, le parti a suscité l’engouement avec un programme économique en rupture par rapport à ses prédécesseurs, plaidant pour la relance économique, notamment à travers la hausse du salaire minimum, et la renégociation de la dette. Mais qu’en sera-t-il réellement si Syriza remportait les élections législatives? 20 Minutes a sollicité l’éclairage de Jean-Marc Daniel, économiste et professeur associé à l’ESCP Europe.

S’il arrive au pouvoir, Alexis Tsipras pourra-t-il tenir ses promesses? 

Ce programme serait difficile à mettre en œuvre dans le cadre de la zone euro. Ce type de politique économique que l’on qualifiait naguère de «relance redistributive» conduit à un accroissement du déficit extérieur qui se soldait autrefois par une dévaluation. Or, ce n’est plus possible puisque la Grèce est dans la zone euro, et Syriza clame haut et fort qu’il n’est pas question d’en sortir. En outre, la Grèce a fait un effort considérable pour ramener les dépenses de sa population à sa réalité productive. Elle est passée d’un déficit extérieur représentant près de 15% de la production, en 2008, à l’équilibre. Ce serait perdre les bénéfices de cet effort.

La fin de la politique d'austérité peut-elle suffire à doper l'économie grecque?

La situation s’améliore en Grèce. Après plusieurs années de contraction de la production, la croissance est là. Elle sera de près de 3% en 2015. Comme le budget est presque à l’équilibre, la pression de l’austérité est moins forte. La Grèce doit maintenant aborder une phase nouvelle de son développement dans laquelle les investisseurs étrangers et privés sont appelés à jouer un rôle majeur. C’est pourquoi la politique économique doit rester la plus prévisible possible.

Doit-on s'attendre à de fortes perturbations boursières dans le cas d’une victoire du parti d’Alexis Tsipras?

La bourse d’Athènes est dans l’expectative. Les bourses n’aiment guère les débuts des gouvernements de gauche, mais elles se reprennent au fur et à mesure qu’ils abandonnent leur programme. Ce qui est frappant avec Alexis Tsipras, c’est qu’il a déjà mis de l’eau dans son vin. Il est probable que sa victoire ne se traduirait pas par des mouvements spectaculaires. En revanche, le taux d’intérêt des emprunts grecs à dix ans reste élevé (9,7%), alors qu’il baisse partout ailleurs en zone euro.

La renégociation de la dette publique grecque est-elle plausible? 

Désormais, la dette grecque est détenue quasi exclusivement par des entités publiques (BCE, FMI, Mécanisme européen de stabilité). Une renégociation reposerait sur des critères très fortement politiques. Elle aura lieu, mais on voit mal les partenaires de la Grèce s’engager dans une annulation pure et simple d’une partie de cette dette.

Les créanciers de la Grèce ont-ils de bonnes raisons de ne pas souhaiter la victoire de Syriza?

Il est sûr que cela conduirait à une phase de tension. Un affrontement réellement violent entre la Grèce et ses partenaires serait néanmoins peu probable. En 1981, Andréas Papandréou avait axé sa campagne sur la sortie de la Grèce de l’Union européenne et de l’Otan. Après sa victoire, moyennant un accroissement des fonds structurels pour la Grèce, il a renoncé. Syriza semble assez proche de ce type de fonctionnement politique.