La BCE espère encore vous changer la vie

FINANCE La Banque centrale européenne s'apprête à lancer un programme inédit qui vise à doper la consommation...

Céline Boff

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Un homme sort d'un hypermarché, en France
Un homme sort d'un hypermarché, en France — Philippe Huguen AFP

Comment pousser les ménages à consommer et les entreprises à investir? C’est le casse-tête que tente de résoudre depuis plusieurs années maintenant la Banque centrale européenne (BCE). Pour relancer l’économie, elle a déjà tout tenté… Ou presque. Il lui reste encore une dernière carte dans sa manche et sauf grosse surprise, elle devrait la dégainer ce jeudi.

Cette ultime cartouche s’appelle QE, pour «quantitative easing» ou, en français, «assouplissement quantitatif». En clair, la BCE s’apprête à lancer un vaste programme de rachat d’actifs et surtout, d’obligations souveraines. Pour la première fois de son histoire, elle va donc débourser de 500 à 1.000 milliards d’euros –le montant n’est pas encore connu- pour acquérir, sans aucune contrepartie, des dettes des Etats membres de la zone euro.

D’où sort cet argent? De nulle part, il sera tout simplement créé. Et si le plan de la BCE fonctionne, ces milliards qu’elle dépensera devraient alléger le bilan des banques et donc «les inciter à prêter davantage et à moindre coût aux acteurs économiques», explique Daniel Larrouturou, directeur général délégué de Diamant Bleu Gestion.

«Les taux des crédits vont rester bas longtemps»

Les consommateurs et les entreprises vont-ils pour autant se ruer sur les crédits? «La BCE espère créer un choc de confiance. Ce QE, c’est sa manière de leur dire qu’il faut emprunter parce que l’avenir sera positif, parce que les taux vont rester bas longtemps», répond Christopher Dembik, économiste chez Saxo banque.

Daniel Larrouturou est plutôt confiant: «La valeur de l’euro baisse, tout comme le prix du pétrole et le coût des crédits… Tous ces éléments sont en mesure de créer un choc psychologique favorable. En tout cas, ils ont été à l’origine de la relance aux Etats-Unis».

Christopher Dembik est moins optimiste: «Le problème, c’est que les consommateurs vont contracter des prêts sur des actifs sûrs, comme l’immobilier. Or, les prêts immobiliers ne sont pas ceux qui permettent d’orienter positivement l’économie. Il faudrait que les ménages optent pour des prêts automobile ou à la consommation… Mais ils ne le feront pas, car la confiance n’est pas là».

L’économiste estime que les mesures prises par la BCE ces cinq dernières années «ont un impact positif sur les marchés financiers mais ne parviennent pas à se transmettre dans l’économie réelle». «Avec ce QE, l’impact sera au pire neutre pour les entreprises et les citoyens, mais il ne pourra pas être négatif», tempère Daniel Larrouturou.

Une bonne nouvelle pour les contribuables

En tout cas, il pourrait faire le bonheur des boursicoteurs. «La hausse des liquidités devrait faire grimper les indices boursiers, notamment le CAC 40», assure Christopher Dembik. Les contribuables devraient aussi être gagnants, puisque les Etats emprunteront à moindre coût pour se refinancer. «Le taux d’emprunt à 10 ans de la France est passé de 2,50% fin 2013 à 0,65% aujourd’hui… Ce qui représente une économie de 2 milliards d’euros par an», rappelle Daniel Larrouturou. De quoi aider François Hollande et son gouvernement à respecter leur promesse de stabilité fiscale cette année. 

Enfin, si le QE pourrait faire remonter les prix des produits et donc, les salaires, d’ici à fin 2016, il devrait surtout abaisser encore la valeur de l’euro. Les experts tablent sur un euro à 1,10 dollar fin avril, contre 1,16 actuellement. «C’est une très bonne nouvelle pour les entreprises françaises qui exportent et qui pourraient bien embaucher», conclut Christopher Dembik.