Emploi: Le monde de l'entreprise vu par la génération Z

ÉTUDE Une enquête se penche sur les attentes et exigences des 15-20 ans, nés à l'heure des nouvelles technologies et de la crise…

Oihana Gabriel

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Illustration de jeunes habitués à manier les smartphones.
Illustration de jeunes habitués à manier les smartphones. — POUZET/SIPA

«Soyez prêts, ils arrivent», sourit Emmanuelle Duez, fondatrice de Bozon Project, laboratoire de développement du capital humain qui dévoilait ce mardi une enquête* sur le regard que portent les 15-20 ans, tranche d'âge désignée comme la «génération Z», sur l'entreprise. Ils ne lâchent pas leur smartphone d’un pouce, ont grandi avec les nouvelles technologies, entendent parler de crise depuis l’enfance… et ne rêvent pas de marcher dans les pas de papa.

L'entreprise ressemble à une jungle pour les jeunes

«Je préfère finir barman à Panama que bosser dans une grande entreprise», avoue l’un des jeunes interviewés dans un micro-trottoir qui illustre cette étude. Les mots qui caractérisent le mieux l’entreprise? «Dure», «impitoyable», «fermée». Et la vie dans une grosse boîte stresse 36% des sondés, dégoûte 13%... mais attire tout de même 23%. «Plus ils ont été en contact avec les entreprises, via des stages ou petits boulots, plus elles les attirent», nuance Emmanuelle Duez. Et ces jeunes pragmatiques estiment que ce qui compte pour réussir, c’est un bon réseau (40%), un bon CV (26%) avant un bon diplôme (24%). «Dans un contexte de précarité et d’obsolescence des connaissances, ils pensent que l’école ne leur donne pas un petit baluchon pour la vie, analyse Emmanuelle Duez. Il faudra donc que l’entreprise devienne plus apprenante, voire diplômante.»

L'entreprise doit s'adapter à ses jeunes salariés, pas l'inverse

Cette enquête intéresse les entreprises qui devront attirer ces jeunes exigeants d’ici cinq à dix ans. Et notamment la BNP Paribas, qui a collaboré à l’étude. «Ce n’est déjà pas facile de capter la génération Y [les 20-34 ans]…», avoue Isabelle, directrice du recrutement dans cette grande banque. Elle reconnaît que certaines lignes bougent sous l’impulsion des nouvelles générations, par exemple un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. «Il était inenvisageable il y a quelques années que l’on note dans la charte que les réunions doivent commencer à 9h et finir à 18h.» Et cet attachement à un épanouissement en dehors du travail se retrouve aussi chez cette génération Z: à la question «Dans 10 ans tu t’imagines en mode…» 40% répondent «bosser pour profiter à côté». Seulement 5,75% se rêvent en mère Teresa et 6,80% de devenir le prochain Mark Zuckerberg, inventeur milliardaire de Facebook.

Si cette génération aux portes de nos entreprises suit le chemin de ses grands frères de la génération Y, leur capacité à entreprendre détonne. Selon l’enquête, 47% aimeraient créer leur boîte et 53% préféreraient être leur propre patron plutôt que salarié. Une débrouillardise bien illustrée par Hugo Travers, 17 ans, fondateur de Radio Londres, média engagé. «Mon frère s’est aussi lancé dans l’e-commerce à 15 ans. Avec Internet, on a les outils très simples pour faire un site et prendre des initiatives.»

«Inventer, pas répéter»

Si l’entreprise doit s’adapter à ces futurs salariés attachés à l’éthique, au fun et à l’innovation, l’école a aussi devant elle un pari à relever. «Aujourd’hui notre système scolaire apprend à répliquer, critique Nicolas Sadirac, cofondateur de l’Ecole 42 aux méthodes innovantes. Or, la similitude a perdu de sa valeur. Dans dix ou vingt ans, on imprimera une voiture, un avion. Aujourd’hui, les jeunes regardent ce qui existe pour voir ce qu’ils peuvent inventer, pas répéter.»

*Méthodologie : 3.213 jeunes entre 15 et 20 ans ont été interrogés via les réseaux sociaux.