Vers une année noire pour Total?

ENERGIE Le groupe est confronté à la chute des prix du pétrole...

Céline Boff

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Le siège de Total à La Défense le 21 octobre 2014
Le siège de Total à La Défense le 21 octobre 2014 — Alain Jocard AFP

C’était il y a tout juste trois mois. Le 20 octobre 2014, Total perdait son capitaine, le charismatique Christophe de Margerie, dans le crash de son avion en Russie. La nouvelle avait fait l’effet d’une bombe, mais le groupe avait géré la crise rapidement.

Deux jours après la disparition de «Big Moustache», Patrick Pouyanné, le patron de la branche raffinage-chimie, était nommé à la tête de Total. Avec la volonté d’inscrire son action dans la continuité de celle de Christophe de Margerie. 

Mais le pourra-t-il? Car Total est désormais confronté à une nouvelle crise: celle des prix du pétrole. Ils ont chuté de plus de 50% depuis juin et stagnent à présent sous la barre des 50 dollars le baril. Or, «Total teste la rentabilité de ses projets sur la base d’un baril à 80 dollars», rappelle Lucas Sévenin, analyste crédit chez Standard & Poor’s (S&P).

«Les investissements vont ralentir»

«La période est vraiment délicate pour Total, renchérit Stéphan Silvestre, économiste de l'énergie. Le groupe a les reins assez solides pour surmonter des prix bas jusqu’en juillet, mais si les cours ne remontent pas au deuxième semestre, il devra s’adapter».

S&P semble peu confiant: si Total est toujours évalué AA-, l’agence de notation l’a placé sous perspective négative en décembre. Autrement dit, S&P estime que la capacité de Total à rembourser sa dette financière diminue fortement et ce, en raison de la chute du cours du brut. Le groupe pourrait donc voir sa note être dégradée dans les 12 à 18 mois. D’autant plus que S&P travaille cette année sur une hypothèse d’un baril à 55 dollars… Très loin donc des 80 dollars requis.

«Total va ralentir ses investissements puisqu'il engrange des rentrées plus faibles, affirme Stéphan Silvestre. Et c'est un vrai problème, puisque c’est grâce à ces investissements que le groupe constitue ses futures réserves et donc, sa future rente…».

Du ménage dans le raffinage?

«Certains projets pourraient être retardés, d’autres, annulés, abonde Lucas Sévenin. Des renégociations sont également à prévoir, comme ce fut le cas récemment en Afrique». Pour son projet Kaombo en Angola, Total a renégocié l’an dernier les termes de son contrat avec ses fournisseurs, faisant au passage chuter les coûts de 20 à 16 milliards de dollars.

Le 12 février, Total présentera ses résultats et fera sans doute des annonces, notamment sur ses investissements, son programme de cessions d’actifs, voire sur la réduction de ses coûts de fonctionnement. C’est en tout cas ce qu’attendent les investisseurs, assurent les experts.

«Il pourrait y avoir des annonces concernant des réductions de capacité de raffinage en France, Total y ayant perdu 500 millions d’euros en 2013», estime Lucas Sévenin. Cela se traduira-t-il pas un plan social? «Non, pas en France», répond Stéphan Silvestre. «Mais au niveau mondial, c’est possible. Reste que si Total réduit la voilure en termes d’exploration, ce sont principalement les sous-traitants qui seront touchés», conclut l'économiste.