Ce que Standard & Poor's prévoit pour la France

PREVISION L'agence de notation vient de présenter ses perspectives 2015...

Céline Boff

— 

Une femme dans les rayons d'un supermarché. Photo d'illustration de la consommation.
Une femme dans les rayons d'un supermarché. Photo d'illustration de la consommation. — Philippe Huguen AFP

A quoi ressemblera 2015? Après l'Insee en décembre, c'est au tour de l'agence de notation Standard & Poors (S&P) de dévoiler ses prévisions. 20 Minutes fait le tour de ses prédictions en six points.

1) La croissance

Si le gouvernement s'attend à une croissance de 1% cette année, S&P table sur une hausse de seulement 0,7%. Et ce, malgré un premier trimestre qui devrait être bon, dopé par les baisses conjuguées de la valeur de l'euro et du prix du pétrole. D'après S&P, l'austérité pratiquée en France doit être relativisée: si les impôts ont effectivement augmenté l'an dernier, la dépense publique a représenté l'essentiel de la croissance (+0,4% en 2014). 

2) La consommation

Elle sera un peu plus forte cette année, mais ne retrouvera pas la vigueur d'antan. Les Français ont pourtant regagné du pouvoir d'achat notamment grâce à l'inflation faible, mais ils préfèrent épargner ces ressources plutôt que de les dépenser. «L'incertitude fiscale continue d'affecter le comportement des ménages», analyse Jean-Michel Six, chef économiste Europe de S&P. 

3) Les mesures gouvernementales

Mauvaise nouvelle: les entreprises ne recommenceront pas à investir cette année, parce que «leurs marges restent faibles», note Patrice Cochelin, directeur senior à S&P. Du coup, l'expert estime que «la reprise ne se fera pas avant 2016, quand le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) et le Pacte de responsabilité auront produit tous leurs effets».

Ces mesures jouent toutefois dès à présent un rôle positif: «Sans le CICE, certains investisseurs étrangers ayant racheté des entreprises françaises auraient délocalisé ces capacités», assure Patrice Cochelin. D'après Jean-Michel Six, la loi Macron, qui prévoit la «libéralisation» de certaines professions réglementées, est «une réforme qui peut dynamiser l'économie à moyen terme». 

4) Le pétrole

D'après le FMI, la chute des prix du pétrole pourrait apporter de 0,4 à 0,7 point de croissance de plus au PIB mondial en 2015. Une bonne nouvelle? Pas forcément. Car cette baisse accroît le risque de déflation en Europe. Sans compter que, d'après S&P, la chute des prix du pétrole profite bien moins au consommateur européen qu'à son homologue américain. Aux Etats-Unis, les ventes de grosses cylindrées repartent d'ailleurs à la hausse, ce qui n'est pas le cas en Europe. 

5) La déflation

2015 sera-t-elle l'année de la bascule? «La déflation, ce n'est pas lorsque nous enregistrons pendant deux ou quatre mois d'affilée une inflation négative. Elle se caractérise par un changement dans le comportement des entreprises et des particuliers, qui diffèrent leurs achats dans l'attente de prix plus bas», détaille Jean-Michel Six.

Or, «un tel mécanisme ne s'observe pas pour l'instant en France, où la faiblesse de la consommation nest pas due au report des achats mais à la constitution d'une épargne de précaution, elle-même liée à l'incertitude fiscale», poursuit l'expert.  

6) Les attentats

Les événements de la semaine passée pourraient-ils faire baisser la note de la France? «Nous ne voulons pas réagir à chaud. Nous devrons apprécier dans le temps si l'impact de ces attentats est passager ou plus pérenne», répond Yann Le Pallec, président de S&P France. Ses équipes réévalueront la note du pays en avril. Pour l'instant, la France est notée «AA», avec perspective négative. Il y a donc un risque que le pays soit dégradé dans les 12 à 18 mois.