Vif débat à la BCE sur une nouvelle offensive monétaire contre la déflation

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Sculpture représentant le logo de l'euro devant le siège de la Banque centrale européene (BCE) à Francfort
Sculpture représentant le logo de l'euro devant le siège de la Banque centrale européene (BCE) à Francfort — Daniel Roland AFP

La BCE doit-elle sortir les grands moyens face au risque de déflation, et comment ? Le débat est vif au sein de l'institution et certains dirigeants sont passées à l'offensive pour vaincre les dernières réticences, notamment en Allemagne.

Ces dernières semaines, les prises de paroles se sont multipliées dans la presse allemande afin de préparer les esprits à une nouvelle intervention d'envergure de la banque centrale.

Le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, dont les interviews sont généralement distillées au compte-goutte, a accordé un long entretien fin décembre au quotidien des affaires Handelsblatt, pointant le risque croissant pour l'institution d'échouer à remplir son mandat de stabilité des prix.

Cette semaine, en l'espace de trois jours, plusieurs membres de la BCE se sont exprimés dans les journaux allemands sur le sujet. Et mercredi M. Draghi est attendu à Berlin pour un forum économique à huis clos où interviendront aussi Angela Merkel et Wolfgang Schäuble.

Pour la plupart des analystes, il ne fait plus guère de doutes que les gardiens de l'euro vont lancer très prochainement - fin janvier ou au plus tard en mars - un programme de rachats d'actifs à très large échelle, sur le modèle de la Fed américaine ou de la Banque du Japon, qui ciblerait le gigantesque marché de la dette publique en zone euro.

«La discussion est très avancée», a déclaré Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, dans les colonnes du quotidien Die Welt mardi. Techniquement, «nous sommes tout à fait en mesure de prendre une décision le 22 janvier», date de la prochaine réunion du conseil des gouverneurs, selon lui.

Deux jours plus tôt le gouverneur de la Banque d'Italie Ignazio Visco, n'avait guère laissé de doute quant à l'arrivée d'un programme de rachats d'obligations. Les marchés financiers l'ont «déjà intégré» et «nous devons maintenant délivrer», a-t-il dit au Welt am Sonntag dimanche.

Reste encore à convaincre la plus large majorité possible au conseil des gouverneurs.

Une politique dite d«assouplissement quantitatif» ou «QE» est considérée par beaucoup en Europe comme inéluctable pour endiguer le risque de déflation, spirale négative de baisse des prix et des salaires. En décembre, l'inflation en zone euro est tombée en territoire négatif, à -0,2%, pour la première fois depuis 2009.

- risques et bénéfices -

Mais le «QE» suscite de fortes réserves chez certains économistes et banquiers centraux, notamment en Allemagne, traumatisée par l'hyperinflation des années 20 et 30 du siècle dernier. Ses détracteurs lui reprochent aussi d'alimenter les bulles spéculatives et d'affaiblir les intentions réformistes des gouvernements de la zone euro.

«Les bénéfices et les risques d'un tel programme doivent se contre-balancer de manière raisonnable, et selon moi ce n'est pas le cas actuellement», a déclaré cette semaine l'Allemande Sabine Lautenschläger, membre du directoire de la BCE, au magazine Der Spiegel.

D'autres membres du conseil des gouverneurs, par exemple son compatriote Jens Weidmann, président de la banque centrale allemande, sont également réticents.

La Bundesbank a beaucoup cherché «à bloquer, obstruer, reporter et si possible empêcher un +QE+ dans son ensemble», juge Paul Mortimer-Lee, analyste chez BNP Paribas. Mais les perspectives d'évolution des prix en zone euro risquent de la contraindre «à accepter le fait que c'est un pas inévitable».

Selon lui, «l'enjeu est désormais de réussir à minimiser ce que la Bundesbank considère comme des effets indésirables du +QE+».

«Ce n'est pas comme s'il y avait un camp dressé contre un autre» au sein du conseil, a pour sa part déclaré au Handelsblatt mardi le président de la Banque de France Christian Noyer. Et «beaucoup d'entre nous ont changé d'avis au fil du temps», ajoute-t-il.

Signe que les lignes bougent, Ewald Nowotny, le chef de la banque centrale autrichienne généralement classé parmi les «faucons» du conseil - les adversaires d'un assouplissement -, a plaidé mardi dans la presse autrichienne en faveur d'une décision «la plus rapide possible» et d'une clarification de la stratégie de la BCE.