CGT: Qui est Philippe Martinez, qui pourrait remplacer Thierry Lepaon?

SYNDICALISME Ceux qui le côtoient font le portrait de l'actuel patron de la fédération des métallos...

N.Beu. avec AFP

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Philippe Martinez de la CGT (c) donne une conférence de presse avec deux autres responsables syndicaux de Renault , Serge Depry de la CFTC (g) et Daniel Richter de la CFDT (d), le 4 avril 1997 à Issy-les-Moulineaux, près de Paris
Philippe Martinez de la CGT (c) donne une conférence de presse avec deux autres responsables syndicaux de Renault , Serge Depry de la CFTC (g) et Daniel Richter de la CFDT (d), le 4 avril 1997 à Issy-les-Moulineaux, près de Paris — Pascal Pavani AFP

Pressenti pour prendre les rênes de la CGT, Philippe Martinez, la cinquantaine, ancien technicien chez Renault, est un ancien métallo comme Thierry Lepaon. Inconnu du grand public, Philippe Martinez dirige depuis 2008 la fédération CGT de la métallurgie, la troisième plus importante à la CGT, avec plus de 60.000 adhérents. Il n'est membre de la Commission exécutive de la confédération, l'exécutif élargi, que depuis le dernier congrès de la CGT, en mars 2013 à Toulouse. Voilà pour le CV officiel. Pour le reste, Philippe Martinez cultive sa discrétion. Sur lui, il ne veut rien dire, pas même sa date de naissance. Ceux qui le côtoient remplissent les blancs.

Un grand travailleur

Cet homme à la moustache épaisse est décrit comme posé, accessible et bosseur. «C'est un gros bosseur, qui maîtrise parfaitement tous les dossiers industriels» et «se déplace beaucoup» sur le terrain, raconte Christian Garnier, délégué central chez Alstom qui le croise de temps en temps. «S'il devait prendre un jour la responsabilité du syndicat, je n'ai aucun doute sur sa capacité à l'assumer», dit-il.

Autre qualité: «Il écoute beaucoup et est capable de déléguer.» De caractère, «il n'est pas exubérant, ne fait pas de bling-bling», ajoute le syndicaliste d'Alstom. Pour Bruno Lemerle, représentant CGT chez PSA, il est «franc» et «bosseur». «Sérieux, rigoureux, intelligent et modeste» pour Jacques Bauquier, responsable régional de la CGT en Franche-Comté. «La fédération de la métallurgie fonctionne très bien avec lui», estime Isabelle Colino, déléguée CGT de PSA Sochaux.

Un dirigeant ferme

Toutefois, pour un fin connaisseur de la centrale, Martinez n'a pas réussi à développer sa fédération et n'a pas fait preuve d'un grand dynamisme à sa tête. A la CFE-CGC, le responsable de la fédération métallurgie Gabriel Artero évoque quelqu'un de «discret», «posé», «qui semble aussi déterminé».

«Je ne me souviens pas l'avoir vu s'emporter, il s'exprime clairement» et «dit les choses assez fermement», selon Artero. Sur sa capacité à prendre la tête de la CGT, il refuse de se prononcer, mais souligne que «dans sa fédération, il semble être le patron».

Selon un autre observateur du monde syndical, Philippe Martinez appartient au sein de la CGT à la «ligne Boulogne-Billancourt», très en phase avec le parti communiste, dont il aurait la carte. Il est aussi «très proche» de Nathalie Gamiochipi, patronne de la fédération de la Santé, deuxième plus grosse fédération.

Un opposant à Lepaon de la dernière heure

Fin décembre, il a fini par demander la démission collective du bureau confédéral. Mais le patron des métallos ne fait pas partie de ceux qui ont tiré à boulets rouges sur Lepaon car les faits révélés, estime-t-il, soulèvent des questions qui «vont au-delà du seul secrétaire général et au-delà d'un seul dysfonctionnement», explique-t-il dans la dernière lettre de la fédération.

Des «questions de déontologie par rapport aux valeurs de notre organisation» notamment. «On s'est trop éloignés de la démarche syndicale, il y a besoin de rectifier», écrit-il en prônant plus de rigueur dans l'utilisation des moyens du syndicat, notamment à la confédération, où «il n'y a aucune règle de vie».