Revendre ses cadeaux de Noël: «On a moins de scrupules à se séparer d’un cadeau offert par quelqu’un de lointain, impersonnel ou petit»

INTERVIEW Les Français revendent avec moins de scrupules les cadeaux impersonnels offerts par des personnes lointaines...

Oihana Gabriel

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Illustration de cadeaux au pied d'un sapin de Noël. Lancer le diaporama
Illustration de cadeaux au pied d'un sapin de Noël. — LYDIE

Janvier rime avec soldes… mais aussi avec revente des cadeaux de Noël pour beaucoup de Français. Mettre l’horrible tableau de tata Jacqueline sur eBay dès le 7 janvier est une pratique devenue banale aujourd’hui. Le 25 décembre 2014, Priceminister annonçait ainsi 150.000 annonces par jour, soit deux à trois plus que d'habitude. 20 Minutes a interviewé Dominique Desjeux, anthropologue, auteur d'une étude basée sur l'enquête «Comment interpréter la revente des cadeaux de Noël» réalisée par Priceminister en 2010.

A partir de quand les Français se sont-ils mis à revendre leurs cadeaux de Noël?

A partir de 2005. Avec un amplificateur de taille: le développement des sites de revente comme Priceminister, eBay, le Bon coin. Au début, c’était plutôt marginal mais à partir de 2009 et la crise économique, ce phénomène s’est amplifié. Les gens avaient besoin de compléter leurs revenus et d’acheter moins cher. La revente s’est banalisée. J’ai le souvenir d’un auditeur pendant une émission de radio il y a dix ans qui était scandalisé:  c’était mal vu alors qu’aujourd’hui ça ne paraît plus honteux. Et cela a un impact sur le choix des cadeaux: on offre plus de l'argent pour éviter de perdre du temps à choisir un cadeau qui sera revendu illico.

Est-ce que c’est typique de notre époque et de notre société où l’économie circulaire se développe?

Non, la circulation des objets existe depuis toujours. Dans les sociétés du Congo que j’ai étudiées, les cadeaux passent de main en main via la dot. Et les vide-greniers permettaient il y a des décennies de remettre sur le marché certains objets. Ce qui amplifie le phénomène c’est que les objets se sont multipliés avec la société de consommation depuis les années 1960. Comparez une cuisine de l’époque et d’aujourd’hui… Et la société a changé: le nombre de divorces plus important, donc de familles recomposées, engendre une multiplication des cadeaux de Noël… et une hausse des reventes!

Est-ce qu’on revend n’importe quel cadeau?

Non. Premièrement, on ne revend pas tous ses cadeaux mais entre 10 et 20%. Et il n’y a pas de lien mécanique entre le prix élevé d’un présent et sa valeur sentimentale. J’ai développé l’image des cadeaux chauds, qui portent une valeur affective importante, et les cadeaux froids dont on se débarrasse plus facilement. On a moins de scrupules à se séparer d’un cadeau offert par quelqu’un de lointain, un cadeau impersonnel ou petit et donc plus facile à envoyer par la Poste. Typiquement, le cadeau d’un ex! A l’inverse, un cadeau chaud est offert par un proche et il sera d’autant plus chaud que cette personne a passé du temps à le choisir, le préparer voire le fabriquer. A l’image d’un plat mijoté pendant des heures!

Est-ce qu’un cadeau chaud peut devenir froid?

Tous les cadeaux sont «refroidissables». Une partie des cadeaux qui ne nous plaisent pas mais offerts par des proches, sont gardés pendant quelques mois ou années. J’ai ainsi rencontré des couples âgés qui conservent des appareils électroménagers achetés par les enfants, mais dont ils n’ont aucune utilité! Petit à petit, ils le mettent au placard, au grenier, de plus en plus loin, avant de le remettre en circulation.