«François Hollande peut effectivement espérer une croissance supérieure à 1% cette année»

INTERVIEW L'économiste Mathieu Plane revient sur les déclarations du président...

Propos recueillis par Céline Boff

— 

Le président de la République François Hollande, le 5 janvier 2015 dans les studios de France Inter, à Paris
Le président de la République François Hollande, le 5 janvier 2015 dans les studios de France Inter, à Paris — Rémy de la Mauvinière POOL

«Je ferai tout pour obtenir plus de 1% de croissance». Ce lundi matin, sur France inter, François Hollande s’est montré combatif. Mais réussira-t-il à doper la courbe de la croissance, lui qui n’est pas parvenu à inverser celle du chômage? 20 Minutes a posé la question à Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

François Hollande a assuré qu’il fera «tout» pour dépasser 1% de croissance en 2015. Est-ce possible?

Nous sommes plutôt d’accord avec le Président, puisqu’au mois d’octobre, nous prévoyions déjà une croissance de 1,1% en 2015. Ce redémarrage devrait être permis par la baisse de l’euro, celle des taux d’intérêt et la mise en place du pacte de responsabilité et de solidarité. Sans compter la chute des prix du pétrole, que nous avions sous-estimée à l’automne. Nous devrions donc dépasser les 1,1% de croissance cette année… S’il n’y a pas de retournement politique.

C’est-à-dire?

Nous ne pouvons pas prévoir ce qu’il se passera si Syriza remporte les élections législatives en Grèce ou si Podemos les gagne en Espagne. Par ailleurs, la Commission européenne n’a pas encore rendu son avis définitif sur le budget français. Autrement dit, le risque de sanction financière pour la France [qui s’élèverait au minimum à 4,4 milliards d’euros] n’est toujours pas écarté.

Le Président veut dépasser les 1% pour créer des emplois. Cela suffira-t-il?

A 1% de croissance, des emplois se créent en France, mais pas suffisamment pour réduire le chômage. Car notre pays a une croissance démographique soutenue: chaque année, 100.000 à 150.000 personnes supplémentaires arrivent sur le marché du travail. Pour permettre à chacun de trouver un emploi, la France doit enregistrer au minimum une croissance de 1,5%.

Si la croissance est supérieure à 1% cette année, François Hollande affectera la cagnotte fiscale «à la réduction du déficit». Que pensez-vous de cette déclaration?

Ce n’est pas forcément ce qu’il devrait faire, car notre économie a besoin d’essence pour redémarrer. Il serait plus pertinent d’affecter cette somme à des mesures de soutien au pouvoir d’achat ou à l’emploi. Ceci dit, de telles décisions sont peu compatibles avec les engagements que la France a pris vis-à-vis de Bruxelles et de ses partenaires européens. Autrement dit, si Paris engrange cette année des recettes supplémentaires, tous veilleront à ce que le gouvernement les flèche bien vers la réduction des déficits.

Le président se dit prêt à prendre «tous les risques». Que devrait-il oser selon vous?

Porter le message de la nécessaire réorientation de l’Europe. D’ailleurs, lors de sa campagne électorale, il avait pris l’engagement de renégocier les traités européens. François Hollande devrait donc proposer une solution alternative entre la rigueur allemande et l’anti-austérité défendu par Syriza ou Podemos. Il devrait rappeler que les traités actuels ne fonctionnant pas, il est temps de faire évoluer les règles.