Club Med: «un beau coup» financier pour Bonomi, dans un marché concurrentiel

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Une brochure du ClubMed en chinois dans une agence de tourisme de Pékin le 15 juin 2010
Une brochure du ClubMed en chinois dans une agence de tourisme de Pékin le 15 juin 2010 — Franko Lee AFP

Dans l'impitoyable bataille du rachat de Club Méditerranée, remportée au prix fort par le chinois Fosun, l'homme d'affaires italien Andrea Bonomi a fait selon des analystes «un beau coup financier», avec une plus-value «d'environ 20%», dans un marché concurrentiel accru.

«Bonomi a bien mené sa barque, il s'agit là d'un beau coup financier, avec une prise de risque qui n'a pas été négligeable car la visibilité sur ce que Fosun allait faire était très limitée, notamment après sa première enchère», commente à l'AFP un analyste, souhaitant rester anonyme.

La bataille boursière pour le rachat du Club Med, riche en rebondissements, recours et surenchères, l'une des plus longues de l'Histoire, avait débuté en mai 2013, lorsque Fosun, alors associé au fonds Ardian (ex-Axa Private Equity), s'était lancé à l'assaut du groupe avec une offre fixée à 17 euros par action.

Il y a deux semaines, le conglomérat chinois Fosun et ses partenaires sino-brésilo-franco-portugais avaient relevé une nouvelle fois leur offre sur l'entreprise française, proposant 24,60 euros par action, contre 24 euros précédemment offerts par l'équipe Bonomi.

La bataille homérique pour le rachat du groupe français de clubs de vacances a conduit le groupe Fosun à «surpayer un petit peu» cette acquisition, souligne Xavier de Villepion, un vendeur d'actions chez HPC, l'offre ayant atteint «des niveaux inespérés», pour les actionnaires minoritaires et le camp Bonomi.

Cette offre valorise l'entreprise à 939 millions d'euros et le titre s'est aligné, terminant la séance à 24,52 euros en baisse de 2,27%.

Pour Fehmi Ben Naamane chez Oddo Securities, «c'est une bonne opération pour Bonomi qui fera une plus-value au passage».

Un autre analyste, sous couvert d'anonymat, a évoqué une plus-value «d'environ 20%».

Pour la suite, Fehmi Ben Naamane recommande aux investisseurs «d'apporter leurs titres à l'offre Fosun car il n'y a plus de potentiel de croissance sur le moyen-terme. Là, c'est inespéré d'avoir une telle valorisation, dans un contexte difficile dans l'industrie, où le secteur du voyage est sous pression», souligne-t-il.

Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), qui est montée plusieurs fois au créneau dans ce dossier, avec des recours devant la justice, estimant le prix de départ trop bas, assure que les dysfonctionnements de ce dossier relèvent du «conseil d'administration».

- Des perdants, mais pas Bonomi et les spéculateurs -

«Le prix initial était insuffisant et ne tenait pas compte de la valeur de la marque Club Med car le conseil d'administration n'a pas joué son rôle, dans une OPA faite par les deux principaux actionnaires Fosun et Axa, de concert avec les deux dirigeants», ajoute l'économiste et juriste âgée de 77 ans, habituée des batailles financières.

Mme Neuville l'assure: «S'ils avaient démarré à 20 euros, ils auraient obtenu plus de 50% et donc auraient remporté l'offre. Cela aurait évité les recours, les surenchères et à l'été 2013, c'était fini».

Pour Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme, c'est un dossier «trop long, pour un coût trop élevé, et dans lequel il n'y a que des perdants exceptés Bonomi et les spéculateurs».

«L'un des grands perdants est la France. Le Club Med devient un projet chinois dans lequel les Français ont un strapontin, avec certes un management français mais qui peut changer à tout moment», prévient Didier Arino, «inquiet du devenir du tourisme hexagonal».

En revanche, «mieux vaut un actionnaire chinois qui investit sur le long terme qu'un investisseur européen qui se retire au bout de quelques mois», souligne-t-il.

Fosun «n'a pas fait un coup de folie, (...) il est là pour la durée donc on peut espérer qu'il fasse les investissements et développe l'entreprise dans une perspective à long terme», renchérit Mme Neuville.

Selon elle, «les Chinois ont voulu le Club Med et pas n’importe quel autre club de vacances et cela parce qu'il a un nom, c'est ça qui leur plait» mais elle pense que cela devrait toutefois «s'appeler désormais +Club Mer de Chine+ car il est certain que la Méditerranée ne sera pas le centre de gravité du groupe».