«60 millions de consommateurs» fête ses 45 ans

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Rayon de supermarché à Paris
Rayon de supermarché à Paris — Joel Saget AFP

A l'heure où les Français célèbrent la fin de l'année en dépensant sans compter, le magazine «60 millions de consommateurs» sort son numéro 500 pour fêter ses 45 ans d'existence au service du consommateur, oubliant un temps les interrogations sur son avenir.

«Voilà un magazine qui ne se contente pas d'aider les consommateurs à bien choisir les produits et les services, à prévenir ou à résoudre les litiges. Il impose aussi leur point de vue dans la société», affirme son rédacteur en chef Thomas Laurenceau.

Crée en 1970, le magazine est né sous l'égide de l'Institut national de la consommation (INC), établissement public sous la tutelle de Bercy.

«C'est une de nos spécificités, la plupart des autres journaux dédiés à la consommation étant issus du milieu associatif», explique M. Laurenceau.

C'est notamment le cas du rival «Que Choisir» adossé à l'association de consommateurs UFC.

L'objectif des fondateurs était simple: «informer les particuliers pour leur permettre de résister aux sirènes de la société de consommation».

Cette mission «reste toujours d'actualité: même si il y a eu depuis 45 ans quelques avancées pour mieux protéger les consommateurs, les moyens de les contourner se sont aussi perfectionnés, ce qui amène à toujours plus de vigilance», explique le rédacteur en chef.

Pour cela, le magazine continuera de s'appuyer sur ses fameux tests comparatifs, dont le premier - sur les autocuiseurs - est apparu dès le numéro 3 du mensuel en 1971.

Réalisés via des appels d'offre auprès de laboratoires indépendants, ils ont souvent permis de mettre en évidence des problèmes de fiabilité du matériel, comme par exemple en 1975 sur les casques motos, où la moitié des casques ne résistaient pas aux tests, ou un an plus tard, sur les sièges auto enfant, où seuls deux sur 15 se révélaient efficaces.

«A chaque fois, ça faisait scandale. (...) Mais cela a vraiment permis de faire bouger les lignes sur la question de la normalisation», témoigne M. Laurenceau.

Autre numéro marquant: celui sur les «préservatifs inefficaces une fois sur deux» paru en 1988, au début de la prise de conscience sur l'épidémie de sida en France. «Cette alerte que nous avions lancée a conduit à un renforcement de la norme NF», souligne-t-on au journal.

Dès les années 90, le magazine change de nom, passant de «50 millions de consommateurs» à «60 millions de consommateurs». Il épouse alors davantage l'évolution des préoccupations sociales, avec notamment des classements sur certaines institutions, comme «la liste des urgences à éviter».

Dans un registre plus léger, le numéro proposant un test des crèmes anti-rides en 1993, avait provoqué des ruptures de stocks chez Nivea, la crème la mieux notée. «C'est l'autre versant du pouvoir que peut avoir un magazine de consommation. On peut aussi devenir un prescripteur d'achat», explique M. Laurenceau.

- Mission de service public -

Selon lui, les thématiques de l'avenir tourneront «incontestablement autour des préoccupations chimiques et environnementales sur la composition des produits de consommation courante. C'est au cœur des interrogations des consommateurs».

Sur ce sujet comme sur d'autres, «nous continuerons d'assurer notre mission de service public. Même si je ne sais pas encore sous quelle forme», explique M. Laurenceau.

En effet, depuis quelques années, le journal est contraint à se remettre profondément en question.

Ses ventes, à 200.000 exemplaires il y a une dizaine d'années, ont été ramenées à 130.000 (50.000 en kiosque et 80.000 abonnements).

Souffrant comme d'autres de la désaffection d'une partie du public pour la presse papier, le journal a également pris le virage internet avec retard. Une refonte complète de son site est prévue pour 2015.

Par ailleurs des doutes apparaissent régulièrement sur son maintien dans le giron de l'INC. Les salariés s'étaient mobilisés en juin après avoir découvert que le journal n'apparaissait plus dans le COP (contrat d'objectifs et de performances) de l'INC, prémices, selon eux, d'une cession prochaine à un groupe privé.

Crainte démentie depuis par l'Etat. Mais fin 2014, c'est désormais le budget prévisionnel 2015, en déficit du fait de lourds investissement pour recruter de nouveaux abonnés, qui pourrait être retoqué, selon M. Laurenceau.