Russie: Comment l’Occident et le pétrole ont plongé le pays dans la crise

MONNAIE Le pays de Vladimir Poutine est confronté à une grave crise économique...

Nicolas Beunaiche

— 

Le président russe, Vladimir Poutine, brûle un cierge dans une église de Pouchkine, près de Saint-Pétersbourg, le 8 décembre 2014.
Le président russe, Vladimir Poutine, brûle un cierge dans une église de Pouchkine, près de Saint-Pétersbourg, le 8 décembre 2014. — ALEXEI DRUZHININ / POOL / AFP

Côté pile, une crise politique en Ukraine. Côté face, une crise économique aux conséquences dévastatrices. Plusieurs mois après l’annonce de ses sanctions à l’égard de la Russie, l’Occident semble avoir rendu la monnaie de sa pièce à Vladimir Poutine, dont l’économie est actuellement gravement atteinte. Toutefois, la diplomatie ne saurait tout expliquer. Comment la Russie a-t-elle précisément basculé dans la crise? Comment le rouble en est-il arrivé à perdre 60% de sa valeur entre juin et décembre20 Minutes refait la chronologie des événements.

Les sanctions occidentales font fuir les capitaux. A la suite de l’annexion de la Crimée, en mars, des sanctions économiques sont prises par les Etats-Unis et l’Union européenne dans le but d’isoler la Russie. Il devient alors de plus en plus compliqué pour les sociétés russes de se financer sur les marchés internationaux. L’incertitude augmente sur la conduite d’affaires dans le pays, et les investissements prennent le large. Selon les autorités russes, 120 milliards de dollars ont déjà quitté le pays. Du coup, le rouble pique du nez.

La chute des prix du pétrole aggrave la crise. Parallèlement à la fuite des capitaux, entre la mi-juin et décembre, les cours de l’or noir plongent de 50%, plombés structurellement par une offre surabondante et une croissance de la demande faible, voire par la spéculation, selon l'Opep. Or les marchés russes sont très fortement influencés par le pétrole, qui représente avec le gaz la moitié des revenus budgétaires russes et des flux réguliers de devises, et pèse lourd dans le produit intérieur brut du pays. C’est le coup de grâce pour la Russie. La lecture des tableaux d’évolution des cours du pétrole et du rouble est édifiante: dès que le premier commence à baisser, l’autre suit.

Le pouvoir échoue à redonner confiance en l’économie. La banque centrale réagit en vendant en décembre quelque dix milliards de dollars pour tenter de soutenir le rouble, en vain. Mardi, elle augmente son taux directeur, mais la mesure est là encore inefficace. Le Kremlin et le gouvernement russe tardent, de leur côté, à contre-attaquer. Or «le plus important, c'est la perte de confiance envers la politique du pouvoir», estime l'ancien ministre de l'Economie Andreï Netchaïev. Le journal indépendant Novaïa Gazeta va même plus loin: «Le rouble vaut ce que vaut le pouvoir de Poutine pour le marché.»

Les Russes vendent leurs roubles et aggravent la spirale. La confiance dans le rouble, dans l’autorité politique et dans l’économie russe érodée, la population tente de sauver ses économies. Ces derniers jours, les files d’attente se sont donc allongées devant les bureaux de change. Comme le marché fait de même, la spirale s’aggrave.