Crise monétaire en Russie: La panique s’empare d’une partie de la population

RUSSIE Les Russes anticipent un approfondissement de la chute du rouble...

Nicolas Beunaiche

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Un client achète un ordinateur portable dans un magasin de Moscou, en Russie, le 15 décembre 2014.
Un client achète un ordinateur portable dans un magasin de Moscou, en Russie, le 15 décembre 2014. — KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

La Russie à quitte ou rouble. Alors que la monnaie nationale a perdu environ la moitié de sa valeur par rapport au début de l’année, le ministère des Finances a annoncé mercredi qu’il allait procéder à la vente de devises étrangères afin de soutenir le rouble, qui vient de plonger deux jours de suite et qu'il juge «extrêmement sous-évalué».

Après cette annonce, le rouble semblait repartir en hausse, à 81,61 roubles pour un euro, contre 85,15 mardi soir, et 65,15 roubles pour un dollar contre 67,88 la veille. Mais il en faudra plus pour redonner confiance à la population et aux marchés. Ce mercredi matin, les files d’attente devant les bureaux de change se sont en effet multipliées à Moscou, où les Russes espèrent sauver les économies qui leur restent en échangeant leurs roubles contre des dollars ou des euros, plus stables.

Ikea et Apple pris d'assaut

La fuite des capitaux entraînée par la crise ukrainienne et la chute vertigineuse des cours du pétrole, qui représente avec le gaz plus de la moitié des revenus budgétaires du pays, fait craindre une nouvelle flambée des prix. La hausse des prix approche déjà les 10% en un an, et la dégringolade pourrait continuer. Signe de la panique, les étiquettes en devises étrangères ont d’ailleurs fait leur réapparition ces derniers jours dans des magasins, comme dans les années 90.

Conséquence de cette inflation, les Russes sont aussi gagnés par une fièvre acheteuse. De peur de voir les prix des produits importés devenir hors de portée, nombre d’entre eux se pressent d’acheter des téléviseurs, des tablettes, des meubles ou même des voitures. Dans les magasins Ikea par exemple, l’attente à la caisse a atteint plusieurs heures, les consommateurs anticipant la hausse des prix annoncée par l’enseigne d’origine suédoise. Idem chez Apple, qui a réagi à l’afflux de clients en augmentant ses prix de plus de 20% sans prévenir fin novembre.

La récession à l'horizon

Les Russes, qui ont connu plusieurs graves crises monétaires depuis 25 ans, sont rompus aux mécanismes de taux de changes et d’inflation. Le journal populaire Argumenty i Fakty, à l'image de nombreux médias, conseillait récemment à ses lecteurs d'acheter avant la fin de l'année des produits importés et donc directement touchés, mais aussi des denrées alimentaires non périssables, dont les prix risquent d'augmenter pour les fêtes.

Pour l'économiste Igor Nikolaïev, cité par l’AFP, ce pic de consommation «va durer encore un mois ou deux, tant qu'il reste des roubles prêts à être dépensés». «Mais ensuite, le plus difficile commence», prévient-il, en référence à la récession que le gouvernement russe et la même que la Banque mondiale prévoient en 2015. La consommation des ménages devrait ainsi diminuer l'an prochain pour la première fois depuis 2009.