Economies, emplois… Ce que va apporter l'exploitation de lignes de bus nationales

DÉCRYPTAGE Alors que le gouvernement entend inciter les Français à voyager en autocar, passage en revue des avantages et inconvénients de ce mode de transport…

Bérénice Dubuc

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Un bus de la compagnie Eurolines à la gare routière internationale de Paris, à Bagnolet, en juin 2012
Un bus de la compagnie Eurolines à la gare routière internationale de Paris, à Bagnolet, en juin 2012 — Pierre Verdy AFP

Avion, train voiture... et bientôt car. Le projet de loi pour la croissance et l'activité -dévoilé mercredi- prévoit l’ouverture à l'exploitation de lignes de bus nationales. Quels sont les avantages et les inconvénients à choisir ce mode de transport? Passage en revue.

Un mode de transport économique

Emmanuel Macron l’a souligné mi-octobre: l'assouplissement de la réglementation du transport en autocar a été pensé à destination des plus «pauvres» qui pourront «voyager plus facilement». «Faire des économies sur leurs trajets, c’est la considération majeure des usagers actuellement», souligne Bruno Marzoff sociologue et président du groupe Chronos.

Un meilleur maillage interrégional

«Le car va venir pallier les manques dans les zones où il n’y a pas de liaisons faites par la SNCF», souligne Jean-Claude Delarue, président de SOS Usagers. Les lignes d’autocars permettent en effet «une flexibilité que n’offre pas le transport ferroviaire, contraint par le rail», note Bruno Marzoff, qui rappelle que les Français sont à la recherche de souplesse, comme le montre l’usage de plus en plus intensif du covoiturage. «On peut établir une ligne de car quand on veut, où on veut, avec la fréquence qu’on veut, selon la demande.»

Créer des emplois, mais combien?

Selon le ministre, la libéralisation du secteur pourrait créer des «dizaines de milliers d'emplois». Jusqu’à 16.000 créations selon la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV). En effet, en Allemagne, les résultats du secteur font rêver: depuis janvier 2013 l’activité a généré un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros et le nombre d’usagers a augmenté de 180% par rapport à 2012. Pourtant, si des gains en termes d’emploi sont certainement à attendre, comme l’indiquait l’Autorité de la concurrence en février 2014, «impossible de dire à l’avance le nombre d’emplois qui pourraient être créés», selon Jean-Claude Delarue.

Quid de la sécurité?

«Il est certain que le rail est plus sûr que la route, mais les lignes dont on a annoncé la création pour l’instant (Eurolines) vont être exploitées par des entreprises sérieuses», indique Jean-Claude Delarue. «Cependant, les pouvoirs publics devront absolument assurer une surveillance rigoureuse du respect des règlementations par les compagnies au niveau de l’entretien des matériels, des routes, mais aussi des conditions de travail des salariés.»

Le car, plus écologique?

«Alors que le TGV émet en moyenne 3 à 3,5 grammes de CO2 par passager par kilomètre, le car en trajet interurbain de longue distance émet en moyenne 20 à 21 grammes de CO2 par passager par kilomètre», explique Pierre Taillant, spécialiste des questions d’efficacité environnementale des modes de transport à l’Ademe. Pas vraiment plus «propre» donc, même si «les autres trains (TER) émettent environ 10 grammes de CO2 par passager par kilomètre.» De plus, le taux de remplissage étant «crucial» en la matière, comme le souligne Pierre Taillant, «avec une tarification attractive, un car sera bien rempli et aura donc un impact écologique encore moins important».

Un moyen de transport plus lent

Bruno Marzoff rappelle que «tout dépend de la configuration et du trajet». Le sociologue ajoute que, pour les personnes attirées par le car, «il n’y a pas de recherche de vitesse, mais plutôt une recherche de ponctualité. Plutôt que d’aller vite, les gens préfèrent aujourd’hui arriver à l’heure, à la minute près». Et de rappeler que l’autocar est plutôt bon sur ce créneau, alors que le train a plus de difficultés.