Loi Macron: «C'est surtout un moyen de montrer à Bruxelles que la France essaye de se réformer»

ECONOMIE Pour Mathieu Plane, économiste à l'OFCE (l'Observatoire français des conjonctures économiques) cette loi n’a pas de véritables ambitions macroéconomiques...

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron (c) à l'Assemblée nationale le 22 octobre 2014
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron (c) à l'Assemblée nationale le 22 octobre 2014 — Eric Feferberg AFP

Elle était attendue, elle est là. La loi pour la Croissance et l'Activité doit «redonner de la vitalité à l'économie française» et «elle n'enlève rien à personne», a expliqué Emmanuel Macron lors de la présentation du texte à la presse, à l'Elysée.

Mais à part pour quelques mesures, telles que la libéralisation du transport par autocar - qui pourrait créer 10.000 emplois selon le gouvernement - rares sont les aspects de la réforme qui sont accompagnés d'un chiffrage précis. Mathieu Plane, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) revient pour «20 Minutes» sur les effets de ce projet de loi.

Le projet de «Loi Macron», doit selon le ministre, «libérer le potentiel inexploité de croissance et d'activité» et produire dès «l'été prochain» des effets concrets pour les ménages et entreprises. Les mesures mises en avant peuvent-elles avoir l’effet escompté?

C’est bien de s’engager sur le transport, un permis de conduire moins cher ou encore l’extension du travail dominical, mais ce n’est pas comme ça que l’on sort de la crise. Certes, ouvrir davantage le dimanche peut avoir un impact sur le tourisme. Il y a également un impact pour le portefeuille de l’étudiant qui passera son permis ou celui du retraité qui prendra l’autocar mais cela reste occasionnel et anecdotique. En fait, ce sont des réformes intéressantes qui vont faciliter certains aspects de la vie des Français. Mais ce n’est pas parce qu’on va payer un peu moins certaines choses, que la croissance va reprendre, que les entreprises vont investir et que l’emploi va faire son retour en France. Je pense que ce projet de loi est surtout un moyen de montrer à Bruxelles que la France essaye de se réformer.

Bercy n’avance pas de chiffres mais peut-on avoir une idée des retombées économiques?

Effectivement il n’y a pas d’évaluation des effets du projet de loi sur la croissance. Si Bercy avançait d’ores et déjà des chiffres, les Français seraient déçus. C’est un travail qui, je pense, sera mené par la suite. Il faudra alors regarder où le pouvoir d’achat des ménages sera redéployé. Mais encore une fois, tout cela ne peut avoir qu’avoir un impact minime sur l’économie. On peut peut-être atteindre au mieux quelques dixièmes de points.

Et les effets en termes d’emplois?

Ça ne va pas véritablement créer de l’emploi et encore moins solder les effets de la crise et du chômage. En fait, ce projet de loi n’a pas de véritables ambitions macroéconomiques, d’autant qu’il fait face à une situation de croissance à l’arrêt dans l’ensemble de la zone euro et à une hausse en France de 70 milliards d’euros de prélèvements sur la période 2011-2014, selon un rapport de la Cour des Comptes. Donc globalement, les effets du projet de loi restent faibles au regard qu’a subi l’économie française.