Le Pakistan mise sur ses avions de combat pour doper ses ventes d'armes

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Des visiteurs découvrent un chasseur JF-17 lors de l'exposition internationale d'équipements militaires, le 3 décembre 2014 à Karachi, au Pakistan
Des visiteurs découvrent un chasseur JF-17 lors de l'exposition internationale d'équipements militaires, le 3 décembre 2014 à Karachi, au Pakistan — Rizwan Tabassum AFP

Grand importateur d'équipement militaire, le Pakistan mise sur la nouvelle version de son chasseur JF-17 pour devenir un exportateur d'armement majeur et soutenir au passage sa fragile économie.

La vaste armée pakistanaise, considérée comme l'institution la plus puissante du pays, s'est longtemps largement équipée à l'étranger, se rapprochant ces dernières années de la Chine après avoir pendant des décennies fait affaires avec les Etats-Unis.

Elle espère maintenant inverser la tendance avec ses chars et ses drones de surveillance, mais aussi et surtout avec sa nouvelle version du JF-17, conçu et développé avec l'aide de Pékin.

Le nouvel appareil, fabriqué au Complexe aéronautique national (PAC) dans la périphérie de la capitale Islamabad, était cette semaine l'une des vedettes de l'exposition internationale d'équipements militaires (IDEAS) de Karachi, mégalopole et capitale financière du seul pays musulman doté de l'arme nucléaire.

Il sera d'abord livré à l'armée de l'air pakistanaise (PAF), qui bombarde intensément depuis plusieurs mois les positions des talibans et d'autres groupes armés islamistes rebelles dans les zones tribales du nord-ouest frontalières de l'Afghanistan.

«Nous livrerons 16 JF-17 (nouvelle version) chaque année aux forces armées», a annoncé à l'AFP le président du PAC, le maréchal Javaid Ahmad.

Les 5 premiers appareils sortiront ce mois-ci des ateliers, qui ont la capacité d'en produire 25 par an, a-t-il précisé.

L'armée pakistanaise a commencé en 2010 à utiliser ses premiers JF-17. Elle ne les a toutefois pas utilisés dans ses récents raids aériens dans le nord-ouest, leur préférant les classiques F-16 américains.

Le maréchal Ahmad n'a pas dévoilé le prix du nouveau JF-17. Mais «de nombreux pays en développement se sont montrés intéressés» par le nouveau avion de combat pakistanais, a-t-il affirmé. Il ne les a pas nommés, mais selon des sources proches du dossier, il s'agirait d'Etats d'Asie centrale, d'Amérique du sud et d'Afrique.

- Deux défis: compétitivité et fiabilité -

Le nouveau JF-17 est notamment doté d'une plus grande capacité d'emport de missiles et d'un meilleur système de ravitaillement en vol, explique le maréchal Ahmad, qui le définit comme un supersonique léger et multi-tâches capable d'opérer jusqu'à près de 17.000 mètres d'altitude.

Pour l'analyste et spécialiste pakistanais des questions de défense Hasan Askari, le Pakistan espère convaincre ses clients potentiels du bon rapport qualité-prix de l'appareil, en visant notamment les pays du Golfe qu'il assiste déjà militairement.

Si les autorités se sont jusqu’ici gardées de dévoiler son prix, les experts du secteur s'attendent à le voir bien en deçà des 16 à 18 millions de dollars (13 à 14,6 millions d'euros) du F-16 américain.

Avec la vente de cet appareil, «le Pakistan endosse un nouveau rôle» de fournisseur de technologies avancées à fort potentiel de dividendes, note M. Askari.

La biennale militaire IDEAS, qui pour sa huitième édition a battu un record de participation avec des représentants de 209 compagnies de 23 pays, témoigne aussi de la volonté du Pakistan de se placer sur le marché global de l'armement.

Ces exportations pourraient notamment l'aider à regarnir son stock de devises étrangères, qui commence a se rétablir après avoir brusquement chuté il y a un an à 3 milliards de dollars (2,4 milliards d'euros), contre près de 15 milliards de dollars (12,2 milliards d'euros) en 2011. Et faire respirer son économie plombée par l'insécurité et la crise énergétique.

Selon le Bureau pakistanais de promotion des exportations de défense, Islamabad a vendu ces deux dernières années des armes, des appareils, des véhicules et des munitions à plus des 35 pays, dont des chars au Bangladesh, au Sri Lanka, à la Birmanie et au Nigeria.

Le constructeur publique de chars et de véhicules blindés Heavy Industries Taxila (HIT) espère ainsi prochainement vendre ses chars Al-Khalid à l'Arabie Saoudite.

Outre la qualité et le prix, les acheteurs potentiels devront s'assurer que le Pakistan pourra leur fournir pendant longtemps des pièces de rechange, note le général à la retraite Talat Masood, en soulignant lui aussi le grand intérêt technologique et financier de cette industrie pour le pays.

Pour se placer sur ces marchés, Islamabad devra enfin prouver la fiabilité de ses équipements, à commencer par les avions, qui ont connu quelques ratés dernièrement.

Cette année, deux appareils d'entraînement Mushshak, que le Pakistan fabrique et vend principalement à des pays du Golfe, se sont écrasés lors de sorties de routine. Deux pilotes ont été tués lors du premier incident, et deux autres blessés lors du second.