Les modèles suédois et allemands: Des modèles vraiment?

EMPLOI Le lauréat 2014 du prix Nobel d'économie, le Français Jean Tirole, a déclaré ce dimanche que la France devait engager des réformes du marché de l'emploi et de l’État...

20 Minutes avec AFP

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L'île de Gamla Stan, la ville médiévale de Stockholm, le 2 février 2012
L'île de Gamla Stan, la ville médiévale de Stockholm, le 2 février 2012 — Jonathan Nackstrand AFP

«Nous devons suivre l'exemple de pays comme l'Allemagne et la Suède, qui ont connu des moments difficiles et ont fait beaucoup de réformes», a déclaré Jean Tirole, le lauréat 2014 du prix Nobel d'économie, lors d'une conférence de presse ce dimanche à Stockholm.

La Suède: Une économie «prospère, compétitive, et diversifiée»

Dans les années 90, la Suède a traversé une grave crise financière. Pour sauver ce qui pouvait l'être, elle a entrepris de vastes réformes structurelles: abandon de ses subventions à l'emploi ou au logement, réforme de son système de retraite, et réduction de ses dépenses de santé.

Entre 2006 et 2014, le gouvernement conservateur a mené des réformes libérales au pas de charge, avec notamment la baisse de la pression fiscale (dont l'abandon des droits de succession) et des conditions plus strictes pour les allocations-chômage ou les indemnités journalières en cas d'arrêt-maladie.

Le ratio des dépenses publiques sur le produit intérieur brut, monté au niveau record de 71% en 1993, est aujourd'hui à 53%.

Selon l'agence d'évaluation financière Standard & Poor's, l'économie suédoise est «prospère, compétitive, et diversifiée». La Suède détient l'une des dettes publiques parmi les plus basses d'Europe (prévue à 42,5% du PIB cette année) et des taux d'emprunt très bas. Mais elle ne compte que 10 millions d'habitants et n'est pas dans la zone euro.

L'Allemagne: Moins de trois millions de chômeurs

En Allemagne, le chômage a diminué de près de moitié depuis 2006, passant de 5 à 2,7 millions de chômeurs. C’est la grande réussite des réformes entreprises par Gerhard Schröder, selon Olaf Gersemann, chef du service Economie du quotidien Die Welt dans un entretien à lire ici.

Pour l'économiste, ce qui a permis à l'Allemagne de réduire de moitié le nombre de ses chômeurs, c'est la sous-évaluation de l'euro: «Dans les pays méditerranéens, les coûts de production ont beaucoup augmenté. Or la monnaie unique les a empêchés d’utiliser l’arme classique de la dévaluation pour regagner de la compétitivité. Le résultat a été doublement bénéfique pour l’Allemagne. D’une part, la demande a progressé dans ces pays, ce dont les exportations allemandes ont profité (...) D’autre part, les entreprises grecques, italiennes, espagnoles, françaises ont perdu de leur force de frappe par rapport aux firmes allemandes sur le marché mondial», affirme-t-il.

Autre point de vue celui de Guillaume Duval, économiste et auteur de «Made In Germany, le modèle allemand au-delà des mythes», dans un entretien à retrouver ici, pour qui, si l'Allemagne est si forte économiquement, c'est surtout grâce à sa démographie très faible. «La population française s’est accrue de cinq millions de personnes depuis 2000, quand celle de l’Allemagne a diminué de 500.000 habitants. La France se félicite toujours de sa démographie soutenue, mais élever des enfants coûte cher en termes de dépenses publiques et privées», analyse-t-il.

La France: Quelles réformes?

«Nous devons faire des réformes pour que les gens retournent au travail (...) et aussi réformer l’État ce que beaucoup de pays ont fait», a-t-il ajouté.

«Si vous n'avez pas une économie viable, votre dette augmente, etc., puis à un moment vous devez en finir avec l'Etat providence ce qui à mon avis serait désastreux», a prévenu l'économiste.

En 2003, Jean Tirole avait proposé une série de réformes en profondeur du marché de l'emploi en France, estimant notamment qu'il fallait créer un «contrat de travail unique» abolissant la distinction CDI/CDD.

>> A lire par là Contrat de travail unique: Une vieille idée «compliquée à mettre en musique»

Jean Tirole est le troisième Français à recevoir le prix Nobel d'économie. Il est président de la Fondation Jean-Jacques Laffont-Toulouse School of Economics (TSE) qui se revendique comme «un des dix meilleurs centres de recherche en économie dans le monde».

Il recevra son prix mercredi à Stockholm des mains du roi de Suède, Carl XVI Gustaf, en même temps que les autres lauréats 2014, à l'exception de ceux de la paix qui le reçoivent à Oslo.