Suicide: Les inégalités sociales ont un impact sur le passage à l'acte

SANTE Un rapport démontre que le suicide frappe la population de manière différente selon la catégorie socioprofessionnelle...

Céline Boff

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Les ouvriers sont deux à trois fois plus exposés au suicide que les cadres.
Les ouvriers sont deux à trois fois plus exposés au suicide que les cadres. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Un triste record. En 2011, soit les derniers chiffres disponibles, plus de 11.000 personnes ont décidé de mettre fin à leur jour en France. Le pays enregistre ainsi l’un taux de suicide les plus élevés d’Europe, comme le démontre le premier rapport de l’Observatoire national du suicide. Cette étude prouve aussi qu’en fonction de leur catégorie sociale, les citoyens passeront plus ou moins facilement à l’acte.

L’employabilité

Etre en recherche d’emploi multiplie par trois le risque de mortalité par suicide par rapport aux individus en activité professionnelle.

«Le travail a un rôle protecteur face au suicide, parce qu’il offre au salarié un statut social, qu’il est facteur de sociabilité et qu’il lui fournit des revenus permettant de réduire les difficultés financières», commente Nathalie Fourcade, membre de l’Observatoire national du suicide.

Le métier

Si le malaise des cadres fait l’objet de multiples articles, ils restent malgré tout les salariés les plus épargnés par le suicide. Les employés et surtout les ouvriers ont un risque de décéder par suicide deux à trois fois plus élevé. Les agriculteurs exploitants ont eux aussi une mortalité par suicide supérieure à celle des cadres –trois fois plus élevée pour les hommes, deux fois pour les femmes.

«Nous lancerons début 2015 un appel à recherche pour approfondir les raisons de ces différences entre groupes socioprofessionnels. Pour l’heure, nous constatons seulement qu’un diplôme élevé semble atténuer les pensées suicidaires», précise Nathalie Fourcade.

L’activité

Tranquilles, les fonctionnaires? A l’exception de la fonction publique d’État, l’administration publique présente pourtant le taux de mortalité par suicide le plus élevé (29,8 pour 100.000), après le secteur de la santé et de l’action sociale (34,3 suicides pour 100.000). Suivent ensuite les secteurs de la construction (27,3 pour 100.000) et de l’immobilier (26,7 pour 100.000).

Le contrat

Les hommes à temps partiel déclarent plus souvent des tentatives de suicide (TS) que les hommes à temps plein (6% contre 2,9%). Et si l’intérim est souvent présenté comme un choix, il n’empêche que les intérimaires sont le statut d’emploi le plus concerné par les TS chez les hommes (7,6% contre 3,1% pour les CDI).

Le sexe

Les disparités de taux de suicide selon la catégorie sociale sont moins marquées pour les femmes que pour les hommes. Et c’est une donnée que l’Observatoire compte creuser dans son futur appel à recherche.

«Le moindre impact des inégalités sociales pour les femmes est un phénomène que nous retrouvons aussi dans la santé. Par exemple, à l’âge de 35 ans, une femme ouvrière a une espérance de vie inférieure de trois ans à une femme cadre, alors que chez leurs homologues masculins, le différentiel monte à plus de six ans», précise Nathalie Fourcade.