La France à la conquête de la «silver économie» japonaise

ECONOMIE 13 entrepreneurs français se sont rendus au Japon pour tenter d'y rentrer sur le florissant marché des produits et services pour les personnes âgées...

Mathias Cena

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Des — YOSHIKAZU TSUNO / AFP

De notre correspondant à Tokyo,

Aller au Japon pour jouer la «carte old». L’Etat français, qui a récemment embrassé le développement hexagonal d’une «silver économie», l’économie dédiée aux personnes âgées, revendique un «art de vieillir à la française», fondé notamment sur une plus grande volonté d’autonomie.

Pour tenter de l’exporter, et de mettre un pied dans le laboratoire d’une société vieillissante qu’est le Japon, les représentants de 13 entreprises françaises se sont envolés pour Tokyo avec l’aide d’Ubifrance, l’agence française pour le développement international des entreprises, et de l’organisme de soutien aux entreprises Bpifrance.

Au Japon, 26% de la population a aujourd’hui plus de 65 ans, une proportion qui pourrait atteindre 41% d’ici à 2050; la France ne compte encore que 18% de seniors mais suit le même chemin: en 2060, un Français sur trois aura plus de 60 ans selon les projections.

«Si on arrive avec les mêmes produits, on n’a aucune chance»

L’enjeu est économique autant que sociétal: ces seniors disposent d’un pouvoir d’achat élevé, et la silver économie devrait peser 692 milliards d’euros en 2015 dans l'Archipel nippon selon Ubifrance. Les firmes locales étant déjà bien présentes sur le secteur, les 13 entreprises françaises ont été sélectionnées sur leur potentiel à investir de nouveaux secteurs de l’économie japonaise.

«Si on arrive avec les mêmes produits, on n’a aucune chance», reconnaît Jean-Philippe Bolmont, l’un des voyageurs français. Sa société, Dupont Medical, aimerait exporter au Japon une gamme de «fauteuils coquilles», un appareil destiné à se fondre dans l’intérieur des personnes âgées, qu’il aide à se redresser et à se lever grâce à une commande électrique. Une dizaine de distributeurs japonais se seraient déjà montrés intéressés par ce «produit franco-français qui n’existe nulle part ailleurs», explique Jean-Philippe Bolmont, et qui a bénéficié d’un soin particulier sur le design et les couleurs pour «ne pas rappeler l’hôpital».

«La silver économie couvre tous les aspects de la vie, rappelle Muriel Pénicaud, la directrice générale d’Ubifrance. Personne ne possède toutes les technologies, tous les services.» Emmanuel Macron, le ministre français de l’Economie, qui était venu à la rencontre de ces entrepreneurs à l’occasion d’un déplacement au Japon, a de son côté insisté sur l’importance de l’échange entre Français et Japonais.

«Donner du temps au temps»

Une notion clé pour le Français Cityzen Sciences, créateur du «D-shirt», un t-shirt connecté bardé de capteurs qui enregistrent des données physiologiques et physiques, et vient de signer un partenariat avec l’équipementier sportif japonais Asics. «C’est un gros atout pour l’expansion de notre entreprise», ne cache pas Thierry Gibralta, le représentant de Cityzen Sciences dans l’Archipel.

Serge Grygorowicz, PDG de RB3D, une entreprise qui fabrique des exosquelettes utilisés notamment sur les chantiers, cherche lui aussi un partenaire japonais pour développer une version «troisième âge» de son produit, en profitant de l’expertise nippone: «On ne peut pas faire abstraction de ce qui se passe au Japon quand on fait de la robotique», reconnaît-il.

Avant même d’avoir rencontré de potentiels partenaires, l'entrepreneur a déjà intégré une donnée essentielle du marché local: «Il faut donner du temps au temps». Alain Renck, directeur de Bpifrance Export, insiste sur la différence des cultures et prévient que «ce n’est pas comme en France où on se tape dans la main et on signe le contrat». «Au Japon, pour faire des affaires, il faut humilité et patience, analyse-t-il. C’est un marathon que l’entreprise s’impose à elle-même.» Surtout dans le secteur des technologies, remarque Jérôme Desquiens, en charge de ce domaine à Ubifrance Japon: «Ils sont très prudents et ne veulent rien laisser au hasard.» La conquête de l’eldorado argenté se mérite.