Rapport sur la croissance en France et en Allemagne: Un document vraiment explosif?

ECONOMIE L’hebdomadaire «Der Spiegel» assure notamment que le rapport qui sera remis à la France et à l’Allemagne ce jeudi remet en cause les 35 heures et l’augmentation des salaires...

Nicolas Beunaiche

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Le ministre français de l'Economie Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Paris, le 15 octobre 2014
Le ministre français de l'Economie Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Paris, le 15 octobre 2014 — Eric Piermont AFP

Annoncé comme explosif, le rapport Pisani-Ferry-Enderlein sera-t-il finalement un pétard mouillé? Après les révélations dans la presse sur le gel des salaires et la remise en cause des 35 heures, c’est ce jeudi que sera remis au ministre français de l’Economie, Emmanuel Macron, et à son homologue allemand, Sigmar Gabriel, le produit de la réflexion des deux spécialistes sur la croissance économique des deux pays. Le terrain est miné, mais la détonation attendue pourrait bien ne pas se produire.

Le rapport, commandé en octobre par Paris et Berlin, a été imaginé comme une réponse à ce que Bercy considère comme une urgence: associer réformes structurelles et investissements. En octobre, Emmanuel Macron avait d’ailleurs fait une proposition en ce sens sous l’appellation «New Deal européen»: «La France s'engage à poursuivre et même à intensifier ses réformes; l'Union annonce un grand plan de relance par l'investissement de 300 milliards d'euros», envisageait-il alors dans une interview au Journal du dimanche.

Les 35 heures et leur «piédestal»

Comment ce nouveau rapport propose-t-il de concrétiser cette idée? Mystère. L’hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui dit en avoir consulté une version, assure que s’y trouvent «entre autres une flexibilisation du marché du travail en France», «un assouplissement des 35 heures dans de nombreux secteurs», ainsi qu’«un gel des salaires pendant trois ans pour rendre les entreprises françaises plus compétitives». Bref, de quoi bousculer l’économie française tout autant que les partenaires sociaux.

Depuis le week-end dernier, le gouvernement s’efforce donc de déminer le terrain. Mardi, le ministre du Travail, François Rebsamen, a rappelé que «décréter au niveau de l'Etat un gel de trois ans de tous les salaires est impossible». «Ce n'est pas comme ça que cela peut fonctionner, c'est une chose qui est sûre», a-t-il ajouté.

Du côté de Bercy, le cabinet d’Emmanuel Macron assure que Der Spiegel n’a pas pu consulter le rapport qui sera remis aux ministres, et que les fuites sont donc infondées. «Il est important que la dynamique de compétitivité ne soit pas absorbée entièrement par les salaires, mais il n’est ni dans l’intention ni dans le pouvoir du gouvernement de geler les salaires», indique-t-on ainsi au ministère. Idem pour les 35 heures. «La durée légale du travail ne sera pas remise en cause», assure l’entourage du ministre, qui sait bien qu’il est attendu au tournant après avoir déclaré qu’il ne souhaitait pas mettre les 35 heures «sur un piédestal».

Une affaire de compromis

En tout état de cause, le rapport n’est qu’une contribution aux réflexions des deux Etats, ajoute Bercy. En d’autres termes, rien n’oblige Sigmar Gabriel à endosser entièrement les propositions de Jean Pisani-Ferry et Henrik Enderlein. Et si, à l’inverse, s’y trouvait tout de même «par exemple la mesure de revenir sur les 35 heures, alors elle ne sera pas mise en œuvre ici en France», a indiqué le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, sur LCI et Radio Classique.

Au-delà des polémiques, Bercy promet au moins une chose: le rapport sera équilibré et les pistes avancées concerneront tout autant l’Allemagne que la France. Il ne sera pas un document appelant caricaturalement l’Allemagne à investir et la France à réformer, assure-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron. Autrement dit, Berlin aussi sera invité à réaliser des réformes structurelles, et Paris à procéder à des investissements. Le couple, même franco-allemand, est décidément une affaire de compromis.