Gel des salaires: «Cela n'a du sens que quand ce sont les entreprises qui le décident et non l’Etat»

ECONOMIE Eric Heyer, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques, revient sur la proposition contenue dans un projet de réformes franco-allemand...

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Gel des salaires pendant trois ans, assouplissement du marché du travail et des 35 heures, figurent parmi les mesures phare que le gouvernement français dévoilera ce jeudi
Gel des salaires pendant trois ans, assouplissement du marché du travail et des 35 heures, figurent parmi les mesures phare que le gouvernement français dévoilera ce jeudi — Mychele Daniau AFP

Ce week-end, un article de l'hebdomadaire Der Spiegel a échauffé les esprits. Le magazine évoquait en avant-première les pistes de réformes esquissées par deux économistes -Jean Pisani-Ferry, responsable du commissariat général à la stratégie, et Henrik Enderlein, directeur de l'Institut Jacques Delors- à la demande des ministres français et allemand de l'Economie dans un rapport.

Le Spiegel s'attardait peu sur les recommandations adressées à l'Allemagne, pour mieux mettre en avant les suggestions faites à la France, plus explosives les unes que les autres. En effet, le rapport prônerait notamment un gel salarial pendant trois ans pour permettre aux entreprises de l’Hexagone de retrouver leur compétitivité. Eric Heyer, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), revient pour 20 Minutes sur la faisabilité d’une telle mesure.

Le gouvernement peut-il vraiment annoncer un gel des salaires?

Cette mesure est possible sur le papier, mais n’est pas réalisable. C’est une vraie idée d’économiste. Nous pouvons comprendre le raisonnement macro-économique de cette annonce. Dans un univers parfait, la productivité augmente en même temps que les salaires. Mais en réalité et depuis la crise, les salaires ont augmenté plus vite que la productivité. On peut donc se dire que les entreprises doivent restaurer leurs marges en effectuant un gel salarial. Mais cela a du sens, quand ce sont les entreprises qui le décident et non l’Etat, comme ce serait le cas selon le rapport.

Par quels moyens et sous quelles conditions ce gel serait-il toutefois faisable?

La seule porte d’entrée serait le Smic, qui, en l’augmentant ou le baissant, stimule ou freine les salaires. L’Etat peut simplement donner un coup de pouce de cette manière. Mais les effets de diffusion fonctionnent tout de même très peu et surtout dans le sens souhaité par l’Etat. Après, peut-être que la France va faire comme l'Allemagne -qui n’a pas gelé les salaires- en créant des emplois avec des rémunérations extrêmement faibles.  

Le gel des salaires relancerait-il vraiment la compétitivité des entreprises françaises?

Oui, en partie. Le salaire est toutefois un indicateur ambivalent. D’un côté, si on baisse les salaires, on baisse les coûts et on gagne en productivité, en emploi et en croissance. De l’autre, si on baisse les salaires, qui sont bien une source de revenus, on fait baisser la demande et la consommation. Et en ce moment, cette baisse aurait donc plus d’effets négatifs en France vu le contexte.