Mooc sur l'économie européenne: «J'en avais ras-le-bol de me faire manipuler»

FORMATION L’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon a lancé un cours gratuit en ligne sur l’économie européenne, qui a séduit plus de 6.600 personnes. «20 Minutes» a rencontré trois de ses participants...

Céline Boff

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Un clavier d'ordinateur.
Un clavier d'ordinateur. — AP/SIPA/SUPERSTOCK

Il y a des mots vraiment angoissants, comme poignard, séquestration ou encore meurtre. Mais il y a pire, comme cette succession de termes barbares: «L’Union européenne au défi de l’intégration économique». Ce sujet à même d’en refroidir plus d’un est le thème choisi par l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon pour son dernier Mooc, comprenez sa série de cours en ligne gratuits et ouverts à tous. Résultat: deux mois après son lancement, plus de 6.600 personnes se sont inscrites*.

Comme Antoine, un Alsacien de 40 ans. «J’en avais ras-le-bol de me faire manipuler, j’avais envie de comprendre comment l’Europe fonctionne pour me faire ma propre opinion». Caler un Mooc dans son emploi du temps de directeur artistique n’a pas été facile. «J’y consacre quatre à cinq heures par semaine, le plus souvent pendant mes pauses déjeuner. C’est un gros sacrifice, mais on ne peut pas seulement passer son temps à râler. Il faut chercher à comprendre avant de critiquer.»

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«Savoir s’il faut ou non sortir de l’euro»

Le Mooc se terminera en décembre mais Antoine se sent déjà «un citoyen un peu plus éclairé et rassuré»: «C’est très enthousiasmant de voir à quel point l’Europe peut devenir la solution naturelle à la plupart de nos problèmes, notamment en termes de transition énergétique. Bien sûr, il faut la transformer, mais cela me donne de l’espoir.»

«Depuis que je suis ce Mooc, je comprends mieux les enjeux quand je lis un article ou quand je regarde le JT de 20 Heures», renchérit Christelle, 41 ans, employée dans une collectivité territoriale de la région parisienne. «Cela me permet de mieux appréhender les difficultés de la France et celles de l’Europe, de savoir s’il faut ou non sortir de l’euro… Bien sûr, c’est difficile. Je travaille, j’ai deux enfants, mon mari est souvent en déplacement et les cours sont vraiment très pointus… Mais je me force. Le soir, plutôt que de m’affaler devant un programme débilitant à la télé, je prends du temps pour bosser mes cours et c’est une chance de pouvoir m’instruire depuis chez moi.»

Un avis partagé par Jean-Pierre, un Breton de 70 ans. Jeune, il n’a pas eu la chance de pouvoir suivre des études. Arrivé à la retraite, il a décidé de passer son baccalauréat en candidat libre pour impressionner son petit-fils. Son diplôme en poche, il a ensuite découvert les Mooc. «C’est extraordinaire tous ces cours que l’on peut suivre de chez soi gratuitement! L’an dernier, j’ai suivi un Mooc de Sciences Po sur l’espace mondial et un autre de l’Assas sur le droit constitutionnel».

«L’économie m’emmerdait il y a six mois, maintenant elle me passionne»

Cette année, il s’attaque donc à l’économie et à l’Europe. «Deux sujets auxquels je ne connaissais rien. Grâce au Mooc, j’ai appris des quantités de termes. Je suis maintenant convaincu que tout le monde peut apprivoiser l’économie européenne. Nous ne sommes pas obligés de subir l’information et c’est vraiment jouissif de la comprendre.»

C’est si jubilatoire que Jean-Pierre attend chaque jour avec impatience Le Monde prêté par son voisin. «L’économie m’emmerdait il y a six mois, maintenant elle me passionne. Je dévore les pages économiques et je surligne tout… C’est une matière vivante qui change sans cesse. Cette rubrique est bien plus intéressante que les faits divers!». Et finalement, pas aussi effrayante qu’il n’y paraît.

*Les inscriptions se clôtureront le 28 novembre et le Mooc se terminera le 12 décembre. Renseignements par ici.