Safran-Albany, une usine high tech au coeur de la région des madeleines

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Le président Francois Hollande (C), le Pdg américain d'Albany Joseph G. Morone (g) et le Pdg français de Safran Jean-Paul Herteman lors de l'inauguration de l'usine de Commercy le 24 novembre 2014
Le président Francois Hollande (C), le Pdg américain d'Albany Joseph G. Morone (g) et le Pdg français de Safran Jean-Paul Herteman lors de l'inauguration de l'usine de Commercy le 24 novembre 2014 — Patrick Kovarik AFP

L'usine de Safran inaugurée lundi par François Hollande à Commercy (Lorraine) est à la pointe de la technologie du motoriste aéronautique destinée aux futurs A320Neo d'Airbus et B737 Max de Boeing, avec à la clé des retombées majeures en terme d'emplois et de formation dans la zone de Commercy, jusqu'à présent surtout connue pour ses madeleines.

«C'est forcément le projet du siècle pour la Meuse», affirmait récemment Olivier Balmat, le directeur de l'usine, lors d'une présentation à la presse. «On ne fait pas une usine en Meuse sans l'apport et le soutien de tous. Ici, celui de l'Etat et des autorités locales ont été extrêmement forts», assurait-il.

L'usine de Commercy, dans l'est de la France, a d'ores et déjà embauché 93 salariés, et devrait en employer 400 d'ici 2018. Elle accompagnera la montée en puissance de la production du moteur Leap, développé par Safran et General Electric via leur coenteprise CFM International, commandé à 7.800 exemplaires à ce jour.

Fabriqué en matériaux composites, il équipera les A320Neo d'Airbus et les 737 Max de Boeing, mais également le futur C919 de l'avionneur chinois Comac. Avantage par rapport aux moteurs de précédente génération: il permettra de réduire de 15% la consommation de carburant et de 50% le bruit.

Pour ce faire, Safran et son partenaire américain Albany Engineered Composites, spécialiste du tissage des matériaux composites, ont investi 200 millions de dollars pour construire deux usines jumelles, l'une à Commercy et l'autre à Rochester, dans le New Hampshire (côte Est des Etats-Unis).

Chacune emploiera 400 personnes et devront à l'horizon 2020 produire 30.000 aubes de réacteurs, la pièce au centre des gains de compétitivité du moteur Leap, ainsi que les carters de soufflante qui les entourent.

«Il y a une montée en cadence d'ici 2018», explique Olivier Balmat. «Dans cette phase de recrutement, nous avons embauché les +pionniers+, 12 chez Albany et 12 chez Safran. Nous les avons bichonnés un peu. Nous sommes allé chercher des +leaders+ parce que ce sont eux qui vont suivre la formation et la transmettre» aux suivants.

Ces premiers salariés de l'usine ont été formés à travers le Conseil régional, qui a aidé à définir un socle commun, explique-t-il. «Ensuite, nous les avons envoyés à Rochester (inaugurée au printemps dernier, ndlr) pour les former dans l'atelier», précise Olivier Balmat.

Outre la formation technique, les nouveaux embauchés ont également bénéficié de stages intensifs en anglais, à raison de six heures par jour au mois d'août 2013. Safran et Albany ont travaillé avec l'ensemble des partenaires locaux: de la communauté de communes pour choisir le terrain de l'usine à Pôle emploi pour le recrutement.

Parmi eux, Sophie Poirson, 32 ans. Elle travaille sur le métier à tisser qui fabrique dans sa forme définitive les aubes, les pales tournantes des réacteurs d'avions. «Je cherchais un emploi parce que l'usine pour laquelle je travaillais allait fermer», explique l'ancienne soudeuse.

«Pour la région, c'est énorme» l'ouverture d'une telle usine, poursuit-elle en expliquant avoir eu une formation en aérocomposite à Commercy et 10 semaines de stage aux Etats-Unis.

Au final, 50% des nouveaux salariés viennent de la Meuse et 96% de Lorraine, dont 50% sont des demandeurs d'emploi, selon Olivier Balmat. Ils sont âgés de 24 à 56 ans.

Et pour gérer une montée en puissance de l'usine, Safran et Albany ont mis en place avec l'aide du Conseil régional un Centre de compétences aéronautiques (CCA) au lycée Henri-Vogt de Commercy, dédié à la filière composite.

Doté d'un métier à tisser, d'une presse à injecter et de centres d'usinage et de mesure tri-dimentionnelle, il ouvrira ses portes en janvier prochain et accueillera entre 50 et 100 stagiaires par an afin de «favoriser des reconversions professionnelles».

«Quelque part, nous allons largement compenser la fermeture du 8e régiment d'artillerie» et des 800 personnes qui y étaient attachées, se félicite Olivier Balmat.

«Lorsque nous amenons 400 personnes, indirectement, nous suscitons le double dans la région avec les sous-traitants» et les emplois qui graviteront autour de l'usine, estime-t-il.