«L'économie nous permet d'être plus heureux en nous aidant à mieux utiliser notre argent»

INTERVIEW Rencontre avec l'économiste Mickaël Mangot, spécialiste de l'économie du bonheur...

Propos recueillis par Céline Boff

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Une certaine idée du bonheur... dans un hamac
Une certaine idée du bonheur... dans un hamac — OJO Images/Rex Featur/REX/SIPA

Argent, travail, consommation… Faisons-nous tout ce qu’il faut pour être heureux? «Pas souvent», répond Mickaël Mangot, enseignant à l’Essec Paris. 20 Minutes a rencontré cet économiste à l’occasion de la parution de son ouvrage Heureux comme Crésus? Leçons inattendues d’économie du bonheur (éditions Eyrolles).

Un économiste qui parle de bonheur, est-ce légitime?

Bien sûr! La recherche prouve que, par défaut, l’être humain ne sait pas comment utiliser au mieux son temps et son argent pour être heureux. Or, l’économie est justement la science qui étudie la meilleure utilisation possible de nos ressources en vue d’atteindre un objectif… Par exemple celui d’accéder au bonheur qui est, d’après les enquêtes, la visée première des individus.

L’économie peut donc nous aider à être davantage heureux?

Tout à fait, notamment si nous nous penchons sur la manière dont nous utilisons notre argent. L’économie du bonheur nous apprend que la consommation classique, même de biens très chers (voitures, maisons), a un impact très éphémère sur notre sentiment d’être heureux. A l’inverse, donner à des personnes dans le besoin ou offrir régulièrement des petits cadeaux à ses proches contribue fortement au bonheur. Voici deux des trente leçons économiques que je donne dans mon ouvrage pour nous permettre d’être plus heureux.

A l’inverse, qu’est-ce qui nuit fortement au bonheur?

La télévision! Les enquêtes prouvent que plus l’on passe de temps devant un écran, moins l’on est heureux. Parce que ce loisir s’exerce en solitaire, de manière passive et qu’il modifie notre perception de la réalité. Les films, les séries et les publicités nous présentent un monde où les gens sont plus beaux et plus riches, ce qui nous pousse à vouloir davantage travailler et consommer… L’idéal serait de revendre sa télé ou, a minima, de se rappeler que dans la plupart des séries, le mode de vie des héros est tout simplement incompatible avec la profession qu’ils exercent.

Pourquoi ne sommes-nous pas capables de prendre naturellement les meilleures décisions pour notre bonheur?

En partie parce que nous rationalisons trop. Par exemple, nombre d’entre nous vont choisir leur métier en fonction du salaire, du prestige et des perspectives de carrière qu’il offre. Ce sont des critères a priori logiques et objectifs, mais ce n’est pas la bonne grille pour être heureux au travail. Ces personnes devraient plutôt se demander quel degré d’autonomie, quel sens ou encore quel type d’interactions avec les autres ce futur métier leur offrira. Ce sont ces critères subjectifs et sociaux qui nous rendent in fine véritablement heureux.

«L’argent ne fait pas le bonheur»: économiquement, est-ce vrai?

Pas tout à fait. Les études prouvent que plus un individu a des revenus élevés, plus il est heureux... Jusqu'à un certain seuil. L’augmentation des revenus a moins d’impact quand on a des revenus déjà élevés: 500 euros de plus par mois ont beaucoup plus d’impact sur le bonheur pour quelqu’un qui gagne 1.000 euros que pour quelqu’un qui en gagne 10.000. 

Quel est le seuil à partir duquel l’argent a moins d’impact sur le bonheur?

Il est difficile de le définir précisément, mais dès que vous appartenez à la classe aisée, vous avez capté l’essentiel du bonheur que l’argent peut vous apporter. En France, cette classe aisée débute à 2.200 euros nets par mois pour un célibataire et à 5.000 euros pour un couple avec deux enfants, selon l’Insee.

Et vous, êtes-vous un économiste heureux?

Je pars avec un handicap. Comme je l’explique dans l’ouvrage, environ 50% des variations de bonheur entre les individus sont dues aux différences génétiques. Etant assez introverti, j’ai une personnalité plutôt «anti-bonheur». Mais j’essaie de m’améliorer! Je me force par exemple à faire des expériences et à sortir de la routine.