Repsol lance les prospections pétrolières au large des îles Canaries

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Un manifestant devant une plateforme pétrolière de la société Repsol, le 14 novembre 2014 à Santa Cruz de Tenerife
Un manifestant devant une plateforme pétrolière de la société Repsol, le 14 novembre 2014 à Santa Cruz de Tenerife — Desiree Martin AFP

Repsol a donné mardi le coup d'envoi à la recherche d'hydrocarbures au large des îles espagnoles des Canaries, que la compagnie pétrolière présente comme une chance pour le pays mais qui suscite une forte opposition sur place.

Les opérations, menées depuis le bâteau Rowan Renaissance que loue Repsol pour l'occasion, ont débuté à 06H30 locale (et GMT) et vont durer «une soixantaine de jours», a fait savoir un porte-parole.

Ce premier point de sondage se situe en pleine mer, à une cinquantaine de kilomètres à l'est des îles Lanzarote et Fuerteventura, connues pour leurs paysages volcaniques et leurs plages, au large des côtes africaines. Repsol a prévu de chercher des hydrocarbures à des profondeurs pouvant aller jusqu'à 3.000 mètres.

Si les résultats sont concluants, le groupe pétrolier a reçu le feu vert du gouvernement espagnol pour procéder à deux autres sondages dans la même zone, jusqu'à 6.900 mètres de profondeur.

Repsol estime entre 17 et 19% les chances de découvrir des gisements d'hydrocarbures au large de l'archipel. Des premières explorations, menées au début des années 2000, avaient révélé plusieurs gisements à environ 70 kilomètres des côtes, près de la frontière maritime avec le Maroc. Mais elles avaient été stoppées par la justice en 2004.

Aujourd'hui, ce sont les associations écologistes et le gouvernement régional des Canaries qui s'opposent à ce projet, soutenu par Madrid.

«Ils protègent une entreprise privée, Repsol, pour qu'ils s'attaquent aux ressources qui sont les nôtres», a accusé le président des Canaries, Paulino Rivero, à la tête de la coalition nationaliste de centre droit Coalicion Canaria.

- Référendum bloqué -

Le gouvernement espagnol a déjà fait bloquer par le tribunal constitutionnel la tenue d'un référendum, prévu par le Paulino Rivero le 23 novembre, pour demander aux habitants: «Pensez-vous que les Canaries doivent changer leur modèle environnemental et touristique pour privilégier les prospections de gaz ou pétrolières?».

Le tourisme est en effet la première ressource des sept îles de l'archipel, qui outre Lanzarote et Fuerteventura comprend El Hierro, La Palma, La Gomera, Tenerife, Grande Canarie, qui ont accueilli 10,6 millions de voyageurs l'an dernier.

Pour Repsol, ces inquiétudes n'ont pas lieu d'être car son bâteau n'est pas visible des côtes. De plus, la présence d'hydrocarbures dans cette zone permettrait à l'Espagne, qui importe près de 80% de ses besoins énergétiques, de réduire sérieusement la facture, assure le groupe. «10% de la demande en pétrole du pays pourrait être couverte», selon son site internet.

Le groupe pétrolier met aussi en avant le montant des investissements prévus, plus de 350 millions de dollars (280 millions d'euros) pour procéder à deux premiers sondages, les retombées économiques et les créations d'emplois attendues aux Canaries, alors que le taux de chômage frôle les 34% dans cette région, contre 24% pour l'ensemble du pays.

Les écologistes, eux, craignent les conséquences des prospections pour la faune et la flore, très riche dans cette zone et les risques sismiques. Le Fonds mondial pour la nature (WWF), Greenpeace mais aussi les conseils municipaux des îles de Lanzarote et de Fuerteventura ont déposé plainte à Bruxelles pour tenter de stopper Repsol.

Et Greenpeace a tenté de s'approcher du Rowan Renaissance ce week-end, ce qui a donné lieu à un incident avec un navire de la Marine, chargée de faire respecter une zone d'exclusion maritime, au cours duquel l'une de ses militantes a été blessée.

La prochaine action est prévue pour le 30 novembre. Plusieurs organisations, réunies dans le collectif «Save Canarias», ont lancé un appel pour réunir une flotte dans la zone des prospections.