Moscovici à l'AFP: la Commission Juncker «doit être celle du changement»

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Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, lors d'une interview à l'AFP le 5 novembre 2014 à Bruxelles
Le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, lors d'une interview à l'AFP le 5 novembre 2014 à Bruxelles — John Thys AFP

La Commission Juncker doit être celle du «changement», affirme le nouveau commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, qui plaide avec force pour ajouter au «sérieux» budgétaire une nouvelle «dynamique» économique, dans un entretien à l'AFP.

«Je ne vois pas mon portefeuille comme un surveillant général des budgets, un surveillant général de la France», déclare M. Moscovici, à quelques jours de la présentation des avis de la Commission sur les projets de budget des Etats membres de la zone euro.

Le moment sera particulièrement délicat pour la France, qui va rater la cible de 2015 pour revenir à 3% de déficit, comme elle s'y était engagée. Paris s'est fixé 2017 comme nouvel horizon.

«On va commencer à travailler» sur la perspective des 3%, dit M. Moscovici, trois jours après son entrée en fonction. «Quand, comment, dans quelles conditions et sous quelles règles», interroge-t-il, en évoquant les réformes structurelles nécessaires pour «élever la croissance».

Cette discussion doit être menée «dans un esprit de dialogue constructif», assure le commissaire, qui doit rencontrer jeudi matin les ministres français de l'Economie, Emmanuel Macron, puis des Finances, Michel Sapin.

Plus généralement, «la Commission européenne n'est pas là pour surveiller et punir», mais «pour permettre que des réformes se fassent, que les règles s'appliquent, pour convaincre les pays».

Accusé par la droite de ne pas être crédible parce qu'ancien ministre français des Finances, M. Moscovici reconnaît que sa tâche est «difficile». Mais «je ne suis pas masochiste. J'aime me battre».

«Cette Commission doit être la Commission du changement», affirme le socialiste, dont la famille politique reste très minoritaire avec huit commissaires sur 28. «Il faut des changements politiques. Ce n'est pas le renoncement au sérieux budgétaire, ce ne sont pas des exceptions, des violations des règles, c'est ajouter la dynamique économique qui manque si on veut que l'UE ne soit pas (...) une zone économique de basse pression», plaide-t-il après 10 ans de Commission Barroso.

- «Pierre angulaire» -

«La finalité, c'est que cette Commission soit celle de la croissance, de l'emploi par l'investissement», insiste M. Moscovici. «C'est vital».

Il prend l'exemple emblématique de la Grèce, pays le plus durement frappé par l'austérité après la crise de la dette, et dont le programme d'aide européen arrive à son terme à la fin de l'année. Des dispositifs sont à l'étude pour aider Athènes à en sortir en douceur.

Le successeur du libéral finlandais Olli Rehn, qui était devenu un symbole de l'austérité, annonce que son «premier déplacement sera pour la Grèce et Chypre», courant novembre. «Parce qu'il faut offrir à ces pays des débouchés (...) nous sommes dans une autre phase, les priorités sont différentes». «L'étape d'après, c'est quelle perspective de croissance pour la Grèce. L'intégrité de la zone euro, c'est bien, à une condition: que les peuples s'y reconnaissent».

Pierre Moscovici affirme que le plan d'investissement de 300 milliards d'euros promis par Jean-Claude Juncker est «la pierre angulaire, le signal politique majeur» de la nouvelle Commission. Il défend quelques «principes». «Il faut que ce soit de l'argent nouveau, pas forcément frais, mais nouveau», sinon «cela apparaîtra comme un tour de passe-passe, du recyclage, donc ce sera un flop».

«Il faut une décision rapide et une mise en œuvre aussi rapide». Le plan doit être présenté lors du sommet européen des 18 et 19 décembre. M. Moscovici veut aussi un «plan ciblé sur les emplois de demain (...) pour permettre à l'Union européenne de passer à nouveau la frontière technologique». Il cite «le numérique, l'énergie, les transports, tout ce qui a trait au capital humain».

Il suggère enfin un «dosage» entre investissements privés et publics: «investissements privés autant que possible, investissements publics si nécessaire». Alors qu'est évoqué le recours à la Banque européenne d'investissement (BEI) et aux fonds structurels européens, il défend des modalités de financement «audacieuses» et «innovantes».