Pierre Gattaz: «Je regrette qu’après les beaux discours des politiques, il n’y ait pas de mise en place de mesures concrètes»

INTERVIEW Le patron du Medef répond à « 20 Minutes » à l’occasion de la sortie de son livre «Français, Bougeons-nous !»…

Bertrand de Volontat
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Pierre Gattaz écoute le discours de Manuel Valls à l'université d'été du Medef le 27 août 2014.
Pierre Gattaz écoute le discours de Manuel Valls à l'université d'été du Medef le 27 août 2014. — Fred Dufour/AP/SIPA

Pour Pierre Gattaz, président du Medef, ce livre est un manifeste contre l’absence de vision économique du pays et les dogmes qui empêchent la France de se réformer. Inquiet, il déplore que la France, qui a tous les atouts pour s’en sortir, ne s’en serve pas. Il développe ses arguments à 20 Minutes.

>> Les bonnes feuilles de son livre paru cette semaine, Français, Bougeons-nous! à lire par ici

Vous interpellez les «Français, bougeons-nous!» D’après vous, c’est aux Français de faire l’effort, ils ne bougent pas assez? Qu’attendez-vous d’eux?

Il faut expliquer aux Français qu’il est temps que la France bouge dans un monde qui change très vite: nous sommes en compétition avec 150 pays qui représentent autant d’opportunités. La France doit monter dans le train de la révolution du numérique et des nouveaux modes de vie. Tous ces éléments ne doivent pas se transformer en angoisse comme aujourd’hui bien au contraire. Nous avons tout pour réussir. N’ayons pas peur et acceptons les réformes. Aujourd’hui, l’attente de nos voisins européens est forte pour que des mesures soient prises par le gouvernement français sur la réforme des retraites ou celle de l’assurance chômage notamment.

Quel regard portez-vous sur la position dite «pro-business» de Manuel Valls et de François Hollande? Près de 40 milliards d’aides aux entreprises prévues par le Pacte de responsabilité… Aucun gouvernement n’avait fait ça avant.

J’applaudis ce virage entrepreneurial, qui ne doit être l’apanage ni de la droite ni de la gauche. Mais je regrette qu’après les beaux discours des politiques, il n’y ait pas de mise en place de mesures concrètes. Pire, entre la pénibilité et la loi Hamon sur l’information obligatoire des salariés en cas de cession, les entrepreneurs ne comprennent pas ces nouveaux dispositifs complexes. C’est un pas en avant et deux en arrière! Alors certes on nous enlève 40 milliards d’euros de charges sur les sociétés, mais entre 2011 et 2013 on nous les avait alourdies de 30 milliards. Il faut engager une vraie réforme de notre modèle économique et social. Je veux pouvoir en discuter avec les partenaires sociaux. Il est temps de dépolitiser le dialogue social dont les discussions autour de sa modernisation se poursuivent ce jeudi.

Mais cela serait-il suffisant? Vous consacrez un chapitre entier à la croissance, quelles sont les trois mesures phares à prendre immédiatement?

Je dis bravo aux mesures de simplification et à Thierry Mandon. Il faut être tenace face à l’administration qui parfois va à l’encontre de ce mouvement. Il faut ensuite résoudre les deux soucis principaux de l’entrepreneur: la fiscalité et la peur d’embaucher. La fiscalité est la plus élevée d’Europe et une aberration. Il faut expliquer l’entreprise aux Français et à nos dirigeants pour qu’ils comprennent que les dividendes rémunèrent un risque pris par des investisseurs. Sans eux les entreprises ne peuvent exister. Deuxième point, il faut assouplir le marché du travail pour évoluer vers la flexisécurité. Avec tout d’abord une sécurisation juridique du CDI, pour rassurer les employeurs, et pourquoi pas le contrat unique dans un second temps. Enfin il faut pouvoir offrir aux Français la possibilité de rebondir.