Le marché du déguisement est à la fête

TENDANCE Les sites et magasins, portés par Halloween et les soirées à thème, ont la cote...

Nicolas Beunaiche

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Une petite fille fête Halloween à Nice, le 30 octobre 2013.
Une petite fille fête Halloween à Nice, le 30 octobre 2013. — VALERY HACHE / AFP

«Décalecatan, décalecatan, ohé, ohé». Il y a encore dix ans, le déguisement en France, c’était surtout ça: la Compagnie créole, le carnaval de Dunkerque, les soirées chez tonton Jacky… Autrement dit, un marché de niche un brin ringard pour la majorité des Français. Bien loin des soirées branchées organisées par les jeunes urbains où se côtoient désormais Al Capone, Batman et Madonna…

Depuis quelques années, l’image du déguisement a en effet bien changé. Pourquoi? Même les spécialistes avouent leur embarras au moment de l’expliquer. Mais ils en conviennent tous: alors que le textile connaît un déclin depuis dix ans, le marché du déguisement, lui, est «en forte croissance». Chez Funidelia, un site d’origine espagnole lancé en 2013, les ventes ont ainsi progressé de 100%. Un chiffre qui doit être relativisé, compte tenu de la jeunesse de l’entreprise, mais qui prouve malgré tout le dynamisme d’un secteur qui génère entre 100 et 150 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, selon Lionel Bonniot, directeur e-commerce du site deguisetoi.fr.

Halloween, «le moment à ne pas rater»

Ce dynamisme, les commerçants le doivent principalement aux fêtes, qui rythment encore fortement leur activité: Noël, le Nouvel An, les carnavals, la Saint-Patrick, et bien sûr Halloween, qui aura lieu vendredi. Depuis son importation en 1998, cette fête peine à s’implanter profondément en France, mais elle est tout de même aujourd’hui «un temps fort chaque année», explique Thibaut Puls, responsable du site Funidelia en France, en Belgique et au Luxembourg. «C’est clairement le moment à ne pas rater», ajoute Pierre Legrand, responsable du site Déguisement and co, lancé par Kiabi le 2 octobre. 

Mais pour Aude de Moussac, experte grande consommation pour le cabinet Kurt Salmon, il ne faut toutefois pas surestimer l’importance de Halloween sur le marché du déguisement. Selon elle, cette fête américaine, «en recul en France», marque bien «un pic d’activité» pour les magasins, mais il est «peu significatif». «Aujourd’hui, ce sont surtout les enfants, la province et les CSP- et classes moyennes qui célèbrent Halloween, poursuit-elle. Ce n’est pas une fête nationale.» Quant à Lionel Bonniot, il insiste davantage sur l’importance des carnavals des écoles, qui tiennent le rythme, quand Halloween «sature en France».

Pour bébé et pour le chien

Pour compenser les temps morts de l’année, les enseignes physiques et en ligne peuvent heureusement compter sur de nouveaux amateurs de masques et de plumes. «Les soirées à thème cartonnent, indique ainsi Thibaut Puls. Les remontées de notre service client le disent clairement.» «Il y a beaucoup plus de soirées privées de ce type, organisées chez des particuliers, qu’il y a quelques années», confirme Lionel Bonniot.

S’ajoutent à cela les enterrements de vie de célibataire ou encore les babyshowers, «en plein boom», selon le directeur e-commerce de deguisetoi.fr. De nouvelles habitudes qui sont le fait d'un public aux goûts sophistiqués. «Les gens ont envie de se différencier, explique ainsi Thibaut Puls. Ils recherchent moins des costumes tout faits que des accessoires pour agrémenter leur déguisement: du maquillage, des fausses cicatrices, des dents de vampire…»

«L’avantage pour les commerces, c’est que le marché adulte est de ce fait moins saisonnalisé», en conclut Aude de Moussac. Ces dernières années, les spécialistes du secteur ont également réussi à développer deux segments originaux qui commencent à frétiller, ajoute Thibaut Puls: le déguisement pour bébé… et pour chien. Une manière de sortir un peu plus encore le déguisement de sa niche.