Les robots vont-ils vraiment détruire 3 millions d’emplois d’ici 2025?

EMPLOI Selon une étude du cabinet de conseil Roland Berger sur la transformation digitale, presque tous les secteurs de l'économie française seront touchés par la robotisation…

Bertrand de Volontat

— 

Un robot au travail dans l'entreprise Snavely's Machine & Manufacturing .
Un robot au travail dans l'entreprise Snavely's Machine & Manufacturing . — Kelly Lafferty Gerber/AP/SIPA

Non, votre voisin de bureau ne sera pas un robot humanoïde dans dix ans. Toutefois, la transformation numérique et la robotisation sont des sujets à prendre au sérieux dès aujourd’hui, à en croire une étude du cabinet de conseil Roland Berger intitulée «Les classes moyennes face à la transformation digitale» dévoilée ce week-end par le Journal du dimanche puis rendue publique dans son intégralité ce lundi.

«Quand on parle des robots, le sujet est toujours positif autour de l’innovation, de la création et de l’avènement du numérique. La réalité est autre», affirme à 20 Minutes, Hakim El Karoui en charge de l'étude.

Le virage du numérique, coûteux pour les classes moyennes 

Les entreprises sont en effet obligées d’embrasser ce virage du numérique depuis le début des années 2000 pour ne pas rater celui de la croissance. Un virage qui n’est pas sans coût social, la numérisation des tâches poussant vers la sortie des catégories entières de salariés. 42% des métiers en France pourraient connaître une automatisation d’ici 20 ans, selon le cabinet qui s’appuie sur une étude de l’Université d’Oxford de 2013.

Contrairement aux idées reçues, les emplois peu qualifiés ne seront pas les seuls concernés. Presque tous seront touchés par cette évolution, de l'agriculture à la police, en passant par l'hôtellerie. Seules l'éducation, la santé et la culture devraient être épargnées, selon l’étude. Certaines professions intellectuelles – comptables, juristes ou  journalistes — seraient particulièrement visées.

«Des emplois intermédiaires dans les services, très pourvoyeurs de travail pour les classes moyennes, sont aussi à risque, comme les fonctions administratives en entreprise ou plus généralement des celles d’encadrement administratif facilement automatisables», ajoute l’étude.

Une hypothèse volontairement alarmiste

Cette dernière relève que les tendances technologiques ayant le plus grand impact sur l’emploi sont le big data dans les fonctions d’analyse et de traitement de données, la robotique avancée pour les tâches physiques ou encore les véhicules autonomes intelligents. Quant aux vrais robots, il en existe déjà comme le Tug d’Aethon capable de se déplacer dans les hôpitaux américains et de porter des charges de 420 kilos ou d’apporter des médicaments de manière autonome.

Dans le pire des scénarios, «et ce n’est qu’une hypothèse», explique le chargé d’étude, plus de trois millions d'emplois seraient menacés en France à l'horizon 2025. Le taux de chômage atteindrait alors 18% de la population active, contre un peu moins de 10% aujourd'hui. «Il faut prendre conscience que c’est une réalité, poursuit-il. Et être volontairement alarmiste et bien mesurer le risque».

Anticiper les changements dès maintenant

Face à ces changements, «les Français doivent se former aux nouvelles technologies, prévient Hakim El Karoui. Il va y avoir une transformation du secteur tertiaire qui, pour accroître ses gains de productivité va augmenter sa demande en emploi qualifié». Une trop lente adaptation creuserait l’écart du pays avec le reste du monde, affirme l’étude.

En revanche, «la robotisation va créer de la rentabilité pour les entreprises et des centaines de milliers d’emplois avec notamment l’émergence de nouvelles catégories», rassure-t-il. Encore faut-il que «la France engage une vraie stratégie d’adaptation digitale en matière de formation et de compétences», affirme l’étude.