Énergie: Une valse inédite à la tête des groupes français

ECONOMIE Total, EDF, GDF-Suez, Areva… La quasi-totalité des grandes entreprises françaises du secteur de l’énergie changent actuellement de patron…

Romain Lescurieux

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Après seulement un jour de suspense, Total a décidé de vendre sa filiale française de gazoducs TIGF à un consortium constitué par l'électricien EDF, qui l'a emporté grâce une offre à 2,4 milliards d'euros contre un groupement rival mené par la Caisse des dépôts.
Après seulement un jour de suspense, Total a décidé de vendre sa filiale française de gazoducs TIGF à un consortium constitué par l'électricien EDF, qui l'a emporté grâce une offre à 2,4 milliards d'euros contre un groupement rival mené par la Caisse des dépôts. — Boris Horvat afp.com

Le secteur français de l’énergie est en plein bouleversement. Après son décès tragique en début de semaine à l'aéroport de Vnoukovo, à Moscou, à l'âge de 63 ans, Christophe de Margerie a été remplacé ce mercredi par un tandem composé de l'ex-PDG Thierry Desmarest et de Patrick Pouyanné qui dirigeait la branche raffinage-chimie.

Mais Total est loin d’être isolé en matière de nouveaux visages. En effet, les autres grands groupes français du secteur sont actuellement en plein changement de direction: EDG, GDF ou encore Areva. Du jamais vu.

«Peut-être est-ce un moment important pour la France»

Quelques heures avant le décès de Christophe de Margerie, le président du directoire d'Areva, Luc Oursel, annonçait qu'il allait quitter ses fonctions pour des raisons de santé. La semaine précédente, c’est le gouvernement qui entérinait le départ d’Henri Proglio, remplacé à la tête d’EDF par Jean-Bernard Lévy. Enfin GDF-Suez prépare également la succession de son PDG, Gérard Mestrallet, qui pourrait laisser la main à Isabelle Kocher d’ici le début de l’année 2016. Et ce, en plein débat sur la transition énergétique prévoyant la réduction de la part du nucléaire de 50% à l'horizon 2050.

«La loi sur la transition énergétique va être mise en œuvre, par un concours de circonstances absolu, par de nouvelles équipes. Peut-être est-ce un moment important pour la France, où on prend un virage respectueux de l’environnement et en même temps pour plus de croissance, plus d’activité», a déclaré le ministre des Finances Michel Sapin, mardi matin au micro d’Europe 1. «Il y a une transition managériale dans un secteur entier… Ce qui ne s’est jamais vu», a résumé de son côté le patron de Publicis, Maurice Lévy, sur les ondes de la station. Mais dans le fond, cette transition managériale va-t-elle changer quelque chose?

«La situation est inédite, mais ces entreprises sont robustes»

«C’est toujours préoccupant de voir une situation pareille où l’ensemble des patrons d’un secteur bougent simultanément. Les risques? Ce sont des risques classiques d’ajustement sur les stratégies, de perdre un peu trop de temps, de voir des concurrents prendre des positions, de se tromper de stratégie sur certaines décisions», a déclaré Maurice Lévy. Mais rien de préoccupant pour certains spécialistes.

En effet, pour Christophe Bonnery, président de l’association des économistes de l’énergie, ces changements n’auront aucun impact sur le positionnent stratégique et l’avenir du secteur. «Certes la situation est inédite, mais ces entreprises sont robustes et résisteront. D’autant qu’elles sont cotées et ont des comptes à rendre à leurs actionnaires mais également à l’Etat», explique-t-il. Selon lui, elles restent également «différentes», chacune avec leurs «propres stratégies» «qui ne bougeront pas malgré le contexte actuel», affirme-t-il, avant de conclure «qu'il n'y aura également aucunes répercussions sur la loi de transition énergétique».