Après le décès brutal de son PDG, Total ne voit pas l'avenir en noir

SUCCESSION Le groupe, à la recherche de son nouveau patron, est suffisamment solide pour surmonter la disparition de Christophe de Margerie, affirment les experts...

Céline Boff

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Christophe de Margerie, PDG de Total, est décédé dans la nuit du 20 au 21 octobre 2014.
Christophe de Margerie, PDG de Total, est décédé dans la nuit du 20 au 21 octobre 2014. — Jacques Brinon/AP/SIPA

«Total doit continuer à aller de l’avant». Quelques heures après le décès brutal de son PDG, le très charismatique Christophe de Margerie, tué dans le crash de son avion en Russie, le groupe a d’abord cherché à rassurer.

En fin de matinée, Jean-Jacques Guilbaud, le secrétaire général de Total, a donc pris la parole devant les journalistes, rassemblés au siège de l’entreprise, implanté à la Défense, près de Paris. «Le groupe est organisé pour assurer la bonne continuité de sa gouvernance et de ses activités, pour faire face à cet événement tragique», a-t-il affirmé.

Les experts ne se montrent d’ailleurs pas inquiets. Si de Margerie était «l'une des figures centrales» de l'industrie pétrolière dont la «perte va se faire profondément sentir chez Total», comme le résument les analystes de RBC Capital Markets, ces derniers n'anticipent pas pour autant d'incertitude dans la gestion quotidienne du groupe. «Total a été créé en 1924… Cette entreprise quasi-centenaire est suffisamment structurée pour ne pas être perturbée par la disparition de son PDG», renchérit un économiste interrogé par 20 Minutes.

Deux favoris pour la succession

Mais qui va prendre la tête du groupe? La question reste pour l’heure en suspens. Car de Margerie, qui avait été reconduit dans ses fonctions d’administrateur jusqu’en 2015, n’avait pas encore choisi son dauphin en interne, comme il en est de coutume chez Total. Il s’était toutefois entouré de plusieurs lieutenants et deux noms émergent à présent: Philippe Boisseau, directeur général de la branche marketing & services, et Patrick Pouyanné, patron de la branche raffinage-chimie. 

Le comité de gouvernance et d'éthique, puis le conseil d'administration du groupe devraient se réunir très rapidement pour trancher. Difficile en effet de laisser sans pilote un groupe comme Total, première entreprise de France en termes de chiffre d'affaires et de bénéfices, et un des géants mondiaux du pétrole et du gaz.

Les investisseurs sont sereins

Selon les observateurs, le futur PDG devrait inscrire son action dans la continuité de celle de Christophe de Margerie, même si les bénéfices du groupe ont baissé l’an dernier pour atteindre, tout de même, 10,8 milliards d’euros. «Comme toutes les majors, Total a été frappé par la baisse de production du pétrole et ce recul n’a pas été compensé par une hausse des prix», rappelle un économiste.

Pas de quoi s’inquiéter pour autant. Total, qui a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 189,5 milliards d’euros, a toujours les reins solides. «Sa situation financière est saine, sa stratégie est claire et raisonnablement bien mise en œuvre, et le groupe n’a pas subi de marée noire désastreuse ou mené d’acquisition hasardeuse», juge un analyste financier interrogé par Les Echos.

Une synthèse et une sérénité sans doute partagées par les investisseurs. Après avoir perdu 2% à l’ouverture mardi, le titre de Total gagnait 3,46% à la clôture de la Bourse de Paris.