Tout comprendre au voyage des ministres Macron et Sapin à Berlin

FINANCES En plein bras de fer avec Bruxelles sur son projet de budget 2015, la France pourrait trouver à Berlin ce lundi un soutien financier de poids…

B. de V. avec AFP

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Le président François Hollande (c) parle avec le ministre de l'Economie Emmanuel Macron (g) derrière le ministre des Finances Michel Sapin pendant une réunion de l'OCDE au siège de l'organisation à Paris,le 17 octobre 2014
Le président François Hollande (c) parle avec le ministre de l'Economie Emmanuel Macron (g) derrière le ministre des Finances Michel Sapin pendant une réunion de l'OCDE au siège de l'organisation à Paris,le 17 octobre 2014 — Philippe Wojazer Pool

Les ministres français de l'Economie et des Finances Emmanuel Macron et Michel Sapin sont reçus ce lundi à Berlin par leurs homologues allemands Sigmar Gabriel et Wolfgang Schäuble. Avec un double objectif: leur parler des moyens de redynamiser la croissance européenne au point mort mais aussi leur demander une enveloppe de 50 milliards d'euros d'investissement. Paris voudrait que le partenaire allemand utilise ses marges de manœuvre budgétaires pour investir dans le soutien de l'économie, ce dont tous les Européens profiteraient par ricochet. 20 Minutes fait le point sur les conditions de cette requête.

Pourquoi les deux ministres vont-ils chercher 50 milliards d’euros Outre-Rhin?

La France s'est engagée à réduire de 50 milliards d'euros ses dépenses publiques dans les trois ans à venir, pour revenir dans les clous du pacte de stabilité européen dont elle va encore enfreindre la limite de déficit public l'an prochain et en 2016. Les ministres aimeraient voir l'Allemagne investir 50 milliards d'euros d'ici 2018, ont-ils indiqué à la presse allemande. François Hollande pousse à ce que les Européens, et surtout l'Allemagne, l'un des rares pays à pouvoir se le permettre, investissent pour stimuler la croissance.

Pourquoi l’Allemagne investirait-elle?

Paris est en plein bras de fer avec Bruxelles sur son projet de budget 2015. La Commission européenne doit se prononcer d'ici à la fin du mois sur le texte. Selon l'hebdomadaire Der Spiegel, le gouvernement d'Angela Merkel, jugeant «inimaginable» l'hypothèse d'un «non» de la Commission européenne au projet de budget français pour 2015, viendrait en aide à Paris sous forme d'un «pacte écrit» qu'elle aiderait à élaborer. Cet engagement contractuel, pris avec la Commission, détaillerait les réformes structurelles que la France s'engagerait à mener.

Quelle explication Michel Sapin a-t-il donnée sur ce voyage?

Michel Sapin a jugé sur France Info juste avant de partir qu'il était simpliste d'évoquer l'hypothèse d'un pacte avec l'Allemagne sur les dérapages budgétaires français. «Nous avons besoin de faire des économies» et des «réformes en profondeur», a-t-il déclaré. Mais par ailleurs, «il y a besoin en Europe et tout particulièrement en Allemagne d'investissements», a estimé le ministre. «Nous ne faisons pas un accord "tu me donnes ci, je te donne ça"» a-t-il assuré.

Et Emmanuel Macron?

«Il est dans notre intérêt collectif que l'Allemagne investisse, a-t-il déclaré au Frankfurter Allgemeine Zeitung de lundi. 50 milliards d'euros d'économies chez nous, 50 milliards d'investissements chez eux, ce serait un bon équilibre». Pour la première économie européenne, qui affiche depuis 2012 des comptes publics à l'équilibre, 50 milliards d'euros de dépenses supplémentaires «seraient compatibles avec une politique budgétaire sérieuse», juge Macron.

Quelles sont les chances de réussite de cette requête?

Ils risquent fort de faire chou blanc avec leur requête de 50 milliards d'euros de dépenses publiques allemandes. Pour Angela Merkel et son équipe, et surtout pour Schäuble, l'objectif premier est de ramener à zéro l'an prochain le déficit de l'Etat fédéral, pour la première fois depuis 1969. «C'est le seul moyen de générer la confiance», essentielle dans le processus de guérison de la zone euro, a-t-il répété dans une interview dimanche. Il admet que l'Allemagne a besoin d'investissements, mais refuse de les financer «à crédit». L'investissement devra être pour l'essentiel privé, la tâche de l’État est simplement d'en favoriser les conditions.