Macron et Sapin à Berlin pour réclamer de l'Allemagne 50 milliards d'euros d'investissements

EUROPE Les positions des deux pays semblent pourtant encore assez éloignées...  

N.Beu. avec AFP

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Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron et le ministre des Finances Michel Sapin à l'Assemblée nationale le 15 octobre 2014 à Paris
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron et le ministre des Finances Michel Sapin à l'Assemblée nationale le 15 octobre 2014 à Paris — Martin Bureau AFP

La réunion de famille des cousins germains s'annonce tendue. Ce lundi, les ministres français de l'Economie et des Finances seront accueillis à Berlin par leurs homologues allemands pour évoquer la délicate question des investissements allemands. Si Emmanuel Macron s'était rendu fin septembre dans la capitale allemande pour ne «rien demander», il n'en est pas de même cette fois puisque le nouveau locataire de Bercy arrive avec une revendication chiffrée: 50 milliards d'euros d'investissement. Au risque d'être déçu.

Au menu des discussions avec Sigmar Gabriel et Wolfgang Schäuble, les moyens de redynamiser les investissements et la croissance dans les deux pays et l'Europe toute entière. Une conférence de presse des quatre ministres est prévue à 13h15. Mais en amont de la visite, les protagonistes ont réaffirmé des positions très éloignées.

«50-50, ce serait un bon équilibre»

Pour Berlin, la clé de la guérison de la zone euro est la confiance, qui passe par un assainissement des finances publiques et des réformes structurelles. Schäuble ne conteste pas que son pays ait besoin d'investissements, il l'a redit dans une interview dimanche. «Mais nous ne voulons pas de croissance à crédit», a-t-il martelé. Son objectif premier reste le «zéro pointé» du déficit fédéral l'an prochain. «C'est le seul moyen de générer la confiance», pour lui. L'investissement devra être pour l'essentiel privé, la tâche de l'Etat est simplement d'en favoriser les conditions.

Paris voudrait que le partenaire allemand utilise ses marges de manoeuvre budgétaires pour investir dans le soutien de l'économie, ce dont tous les Européens profiteraient par ricochet. Avant de faire le voyage, Macron a chiffré la requête, pour la première fois. «50 milliards d'euros d'économies chez nous, 50 milliards d'investissements chez eux, ce serait un bon équilibre», a jugé le ministre dans une interview conjointe avec Michel Sapin au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) à paraître lundi.

La donne a changé

La France s'est engagée à réduire de 50 milliards d'euros les dépenses publiques dans les trois ans à venir. Pour l'Allemagne, qui affiche depuis 2012 des comptes publics à l'équilibre (tous niveaux confondus, Etat fédéral, Länder et communes), 50 milliards d'euros de dépenses supplémentaires «seraient compatibles avec une politique budgétaire sérieuse», juge Macron.

Ce sera la deuxième visite à Berlin du jeune ministre, en poste depuis fin août. Il avait accompagné fin septembre le Premier ministre Manuel Valls, venu présenter son programme de réformes. Valls avait alors insisté sur le fait qu'il ne venait «rien demander» à Berlin. Mais entretemps, les perspectives économiques se sont assombries, et les marchés financiers ont connu deux semaines très agitées. Paris est aussi en plein bras de fer avec Bruxelles sur son projet de budget 2015.