Agroalimentaire: Vers une flambée du prix des spaghettis et coquillettes?

ALIMENTATION Le syndicat des fabricants de pâtes a tiré la sonnette d’alarme en début de semaine en raison d’une récolte catastrophique de blé dur…

Claire Planchard

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Rayon des pâtes alimentaires dans un supermarché.
Rayon des pâtes alimentaires dans un supermarché. — DUCLOS ALEXIS/SIPA

Les spaghettis à la sauce tomate vont-ils bientôt devenir un plat de luxe? A entendre le directeur général France de Panzani, c’est à craindre. Dans une interview accordée jeudi au magazine LSA, Xavier Riescher menace: «Il va manquer 3 millions de tonnes de blé dur par rapport aux besoins mondiaux de la consommation (…) Cette crise rappelle celle de 2007 qui avait touché toutes les céréales. La grande distribution n’avait pas été livrée, ou à des prix inaccessibles».

Un marché à contre-courant

A l’origine de cette situation, les industriels dénoncent la très mauvaise récolte de blé dur de l’été 2014 en France mais aussi en Italie, en Grèce et en Espagne et surtout au Canada, qui assure à lui seul les deux tiers du commerce mondial de cette céréale. «On est effectivement dans une situation vraiment grave», confirme Sébastien Poncelet, consultant analyste chez Agritel. «En France, la récolte a été 40% inférieure à celle des deux trois dernières années en raison de la forte baisse des surfaces cultivées et d’un été pourri qui a rendu 30% de la production impropre à la production de pâtes», détaille-t-il. Au Canada, la récolte, correcte en quantité, a été abîmée par les intempéries et notamment la neige au moment des récoltes: un tiers de la production a été déclassée en nourriture animale.

Résultat: la production mondiale est en baisse de plus 3 millions de tonnes et le volume de blé utilisable pour l’industrie des pâtes «est inférieur de 20% aux besoins», selon un communiqué du SIFPAF-CFSI, le syndicat des pâtes alimentaires et de la semoule. Et le cours du blé dur, qui représente 75% du prix de revient des pâtes de qualité supérieur, flambe: il est passé de 250 euros par tonne avant la moisson à 385 euros par tonne, soit une hausse de 54%, selon les révélés d’Agritel.

«C’est un paradoxe: ce marché de niche hyperqualitatif est totalement à contre-courant, alors que nous avons enregistré la plus grosse récolte de céréales jamais réalisée dans le monde, que les cours du maïs s’effondrent et que celui du blé tendre est au plus bas depuis 4-5 ans», observe Sébastien Poncelet

Des hausses de prix «de 10 à 15%»

Et cette pénurie de blé dur de qualité aura sans conteste des effets sur la filière agroalimentaire. «Il va falloir que les industriels s’adaptent avec une qualité plus basse. Dans certains pays comme l’Allemagne, ils pourront utiliser du blé tendre pour fabriquer les pâtes, mais cela est interdit en France, en Espagne ou en Italie, les trois premiers consommateurs européens, car cela donne des pâtes de mauvaise qualité un peu collantes», note l’analyste d’Agritel. 

Est-ce à dire que les pâtes de qualité supérieure vont devenir une denrée rare et chère? Le patron de Panzani assure que certains distributeurs «en subissent déjà les conséquences» et «ne sont plus livrés par leurs fournisseurs». Un alarmisme que récuse Thierry Desouches, porte-parole de Système U: «C’est un coup de bluff pour peser sur les futures négociations avec la grande distribution, estime-t-il. C’est vrai qu’il y a un problème mais il ne faut pas dramatiser et crier à la pénurie ou  parler de hausses prix de 75%: les hausses envisagées ne dépasseront pas 10-15% sur des paquets de pâtes qui coûtent 1,20 euro! Les pâtes ne seront pas le caviar de l’année 2015. Elles resteront toujours un produit économique et nourrissant et la chute des récoltes ne va pas bouleverser les habitudes de consommation des Français».