Une femme assiste à un forum sur l'emploi dans une agence pôle emploi le 30 septembre 2014 à Villeneuve-d'Ascq, dans le nord de la France
Une femme assiste à un forum sur l'emploi dans une agence pôle emploi le 30 septembre 2014 à Villeneuve-d'Ascq, dans le nord de la France — Philippe Huguen AFP

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VIDEO. Assurance chômage: Pourquoi les Français sont-ils favorables à une réforme?

Selon un sondage réalisé par Odoxa pour I-Télé et le Parisien/Aujourd'hui en France publié samedi, six Français sur dix (59%) sont favorables à ce que l'allocation chômage devienne dégressive...

Tous les acquis sociaux ne sont pas inébranlables dans l’esprit des Français. La preuve: selon un sondage réalisé par Odoxa pour I-Télé et le Parisien/Aujourd'hui en France publié samedi, six Français sur dix (59%) sont favorables à ce que l'allocation-chômage devienne dégressive, c'est-à-dire qu'elle baisse par paliers pendant deux ans. Une proposition massivement approuvée par les sympathisants de droite (72%) mais pas que. Car elle convainc aussi 40% des sympathisants de gauche.

Des chiffres qui ont de quoi étonner selon Mathieu Plane, économiste à l’OFCE: «Alors que le France compte 1,5 million de demandeurs d’emploi en catégorie A de plus depuis 2008, en raison de la violence de la crise, les Français ont un jugement de plus en plus critique vis-à-vis d’eux. Comme si leur chômage était une situation choisie et qu’ils abusaient de leurs droits». Un fait d’autant plus étonnant, que la France comptant près de 5 millions de chômeurs, la plupart des Français en côtoie dans leur entourage, ce qui devrait les pousser à davantage de compassion.

Une sévérité accrue vis-à-vis des chômeurs

Pourtant, sondage après sondage, les Français se montrent de plus en plus sévères à l’égard des demandeurs d’emploi. Outre la dégressivité des allocations, l’idée d’un contrôle accru des chômeurs est aussi largement partagée, tout comme celle de la réduction de la durée d’indemnisation. «On constate une accélération de l’hostilité vis-à-vis des chômeurs, qui sont présentés comme des opportunistes, alors que si certains d’eux ne cherchent pas d’emploi, c’est d’abord parce qu’ils sont découragés et s’éloignent petit à petit du marché du travail», analyse Frédéric Lebaron, professeur de sociologie économique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Une suspicion qui serait entretenue par le climat idéologique actuel: «Depuis des années, le Medef tient un discours sur l’assistanat, qui est relayé par la droite. Mais cette offensive sur les chômeurs est désormais aussi menée par un gouvernement de gauche, remarque Frédéric Lebaron. Chaque semaine, Emmanuel Macron ou Manuel Valls lâche une bombe sur le sujet, ce qui avalise auprès de l’opinion l’idée du démantèlement de l’assurance chômage dans son modèle actuel».

La solidarité, une valeur en baisse

Et alors que le discours de solidarité nationale pourrait contrebalancer ces attaques contre le chômage, ce n’est guère le cas. «Notamment parce que les syndicats n’ont plus beaucoup d’écho dans l’opinion», souligne Frédéric Lebaron. 

Pour Mathieu Plane, les Français auraient aussi massivement intégré le discours sur la lutte contre les déficits que doit mener le pays: «Ils savent que le régime d’assurance chômage est confronté à un déficit important (4 milliards d’euros) et pensent que la dégressivité des allocations-chômage serait la solution pour l’enrayer» explique-t-il. Mais pour l’économiste, il s’agit d’une fausse bonne idée: «Elle ne réglerait pas la situation, car si les chômeurs restent sans activité c’est avant tout parce que les créations d’emplois ne repartent pas dans notre pays. Les allocations-chômage sont donc actuellement pour la majorité des chômeurs un rempart contre la pauvreté», souligne-t-il. Pour lui, la dégressivité des allocations ne serait envisageable qu’en période de redémarrage de l’emploi et pour les catégories d’actifs peu touchées par le chômage, comme les cadres.